Logo
Accueil > Reviews > Tables séparées

Tables séparées

  • Tables séparées
    Dans la pension Beauregard sur la côte anglaise à Bournemouth, les locataires réguliers mènent une vie bien réglée. Jusqu'à ce que l'arrivée d'une nouvelle pensionnaire et la découverte d'un fait divers compromettant pour l'un des habitués créent un certain émoi. L'ancien modèle américain Ann Shankland s'installe en effet à l'hôtel, dans l'espoir de reconquérir son ex-mari John Malcolm, lui-même vaguement fiancé avec Miss Cooper, la gérante de l'établissement. En même temps, le major Pollock trouve son nom associé à une vilaine affaire de moeurs, qui mobilise immédiatement la respectable Mme Railton-Bell, en dépit des sentiments que Sibyl, la fille de cette dernière, éprouve timidement pour le militaire à la retraite.

Critique de tootpadu

  • Tout semble douillet et mollement civilisé au début de cette adaptation de la pièce de théâtre de Terence Rattigan. Et puis tout à coup, les personnages se déchirent mutuellement, tel des bêtes féroces, qui n'ont que leur dépit, leur lâcheté ou leur solitude pour subsister socialement. Le microcosme de la pension, assez anachronique de nos jours, sert ici pour mettre à nu un groupe de personnages ordinaires, qui s'y sont réfugiés en quelque sorte pour ne pas devoir affronter le monde extérieur et leur passé peu glorieux. Sauf que rien ne les protégera des bassesses de la nature humaine, présentes même dans les endroits les plus préservés, et explorées ici avec une franchise plutôt étonnante pour l'époque.
    En partie une dénonciation de la chasse aux communistes en cours à Hollywood à ce moment-là, à travers la réunion pour forcer l'expulsion du major, le scénario n'y va pas par quatre chemins pour provoquer des confrontations intenses. Enclin à une certaine théâtralité, le ton du film vise avant tout à condenser les sentiments conflictuels que les personnages éprouvent l'un pour l'autre. Des duels verbaux sanglants entre Ann et John, aux aveux gênés et pénibles entre Sibyl et Pollock, l'écriture se démarque par une justesse quasiment parfaite, qui équilibre admirablement l'apparence fictive de l'action et la vérité immuable sur les lacunes sociales de la race humaine qu'elle cherche à camoufler. Sans jamais insister, le scénario crée une série de personnages profondément insatisfaits d'eux-mêmes, qui ne parait pourtant jamais déprimante ou défaitiste. Par sa célébration des petits gestes, bons ou mauvais, le film participe à une conception globale de l'être humain, sérieuse mais pas sans espoir, que nous partageons entièrement.
    Enfin, la mise en scène de Delbert Mann s'impose ici par une assurance et une vigueur qu'on ne lui connaissait auparavant que de Marty. Un formidable directeur d'acteurs, comme les interprétations excellentes le prouvent sans exception, il sait doser l'intensité et la tension au sein des différentes séquences, tout en gardant à l'esprit que ce spectacle intimiste, voire un brin nombriliste, ne changera point l'état des choses.

    Revu le 2 juillet 2009, en DVD, en VO
    Revu le 2 juillet 2009, en DVD, en VO
    Revu le 28 octobre 2010, en DVD, en VO
    Revu le 19 juillet 2011, en DVD, en VO

  • 3.5