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Critique de film

  • En eaux troubles

    En eaux troubles

    Après avoir purgé les deux tiers de sa peine pour avoir enlevé et tué le garçon Isak, Jan Thomas est remis en liberté conditionnelle et engagé comme organiste dans une église à Oslo. Son style musical moderne lui gagne rapidement les faveurs de la jeune pasteure Anna, qui élève seule son fils Jens. Mais par hasard, la mère d'Isak retrouve la trace de Jan Thomas. Elle veut que ce dernier reconnaisse sa responsabilité dans la mort de son fils. Et elle s'inquiète de le voir si proche d'un garçon du même âge qu'Isak.

    Sortie : 23 décembre 2009
    Durée : 121 minutes
    Réalisateur : Erik Poppe
    Genre : Drame

    Critique de Tootpadu 3 ★

    Le cinéma scandinave n'est pas vraiment réputé pour sa gaieté de coeur. Entre les doutes et les peurs existentielles que le Suédois Ingmar Bergman avait exploré au fil de son illustre carrière et le ton généralement déprimant des films des frères Kaurismäki en Finlande, ce conte norvégien sur la difficile rédemption d'un criminel s'inscrit parfaitement dans le catalogue des préoccupations souvent lugubres de la cinématographie nordique. Il s'intéresse à la quête d'une réinsertion impossible, qui a de nombreux points en commun avec Boy A de John Crowley, sorti au début de l'année. Au bout de maintes déceptions, les deux films arrivent à une conclusion comparable, qui porte sur l'impossibilité sociale et morale de pardonner l'infanticide.
    A la différence près que dans En eaux troubles, l'obstacle principal à l'oubli ne provient pas de l'entourage social de la nouvelle vie de l'agresseur, particulièrement réceptif à la notion de deuxième chance à offrir aux pécheurs - contexte religieux oblige -, mais de l'entêtement carrément obsessionnel de la mère de la victime. De ce choix scénaristique découle une polarisation de la narration, qui coupe le film en deux parties : d'abord le point de vue de Jan Thomas, suivi du contrechamp de la mère d'Isak, qui complète les zones d'ombre de l'intrigue. Aussi schématique ce déroulement de l'intrigue soit-il, il permet néanmoins d'étoffer une histoire un peu convenue et d'indiquer avec plus ou moins de subtilité à quel point la disparition brutale d'Isak a traumatisé les participants à long terme. L'appréhension des reproches publiques et de la résurgence des remords garde à vif l'état d'esprit de Jan Thomas, tout comme celui des spectateurs. De même, le comportement irrationnel d'Agnès, la mère d'Isak, contribue à relativiser notre sympathie pour cette femme meurtrie, au même titre que la volonté de s'intégrer de son adversaire le rend forcément moins antipathique que l'atrocité et la lâcheté de son crime le laisseraient supposer.
    Le réalisateur Erik Poppe sait en effet jouer, au propre comme au figuré, sur la notion de flou. Régulièrement, le champ de la caméra est bloqué par un objet ou un personnage, ou bien l'action essentielle se passe dans une partie du cadre pas mise au point. Ces symboles visuels s'avèrent alors au moins aussi parlants sur la difficulté de trancher clairement dans cette affaire éprouvante que toute la complexité des dispositifs narratifs réunie.

    Vu le 12 novembre 2009, à la Salle Pathé Lincoln, en VO

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