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Tout ce qui brille

  • Tout ce qui brille
    Ely et Lila sont les meilleures amies du monde depuis l'enfance. Toutes les deux originaires d'une cité sans éclat en banlieue parisienne, elles rêvent d'appartenir au monde des riches, dont elles suivent les exploits dans les magazines de mode. Le soir, elles s'incrustent dans les fêtes branchées de la capitale, en faisant semblant de venir de Neuilly, une ville bien plus aisée que la leur, Puteaux. Lors d'une de ces sorties, Lila fait la connaissance de Maxx, qui tombe amoureux d'elle et la fait rentrer dans un monde qui lui paraissait jusque là inaccessible. Ely pour sa part a sympathisé avec Agathe et Joan, qui ne tardent pas à abuser de sa gentillesse.

Critique de tootpadu

  • Les miracles, ou tout au moins les bonnes surprises, existent encore dans le cinéma français. Ce premier film, qui avait tout pour nous déplaire, se démarque agréablement par la sincérité de son propos et le naturel avec lequel il décrit ses personnages, au fort potentiel caricatural. Pas assez d'une bande-annonce qui cherche à vendre Tout ce qui brille comme une resucée banale de l'univers de Lisa Azuelos, les jeunes héroïnes du film ont un comportement qui ne trouve pas forcément notre adhésion morale. En effet, Ely et Lila sont essentiellement de grandes glandeuses, qui pensent pouvoir rejoindre le monde de leurs rêves, aux antipodes de leur petite existence modeste, grâce à l'imposture et à la fraude, voire au vol.
    Leurs magouilles en tout genre et leur propension au faire semblant devraient normalement nous repousser, si ce n'était pour le thème subtilement exploré tout au long du film du désir d'appartenance à une classe sociale hors d'atteinte. La pénible abnégation de leurs origines, à laquelle Ely et Lila se soumettent de leur propre gré afin d'accéder au pays du strass et des paillettes, fonctionne comme un formidable moteur pour la structure dramatique du film. Contrairement à d'autres contes de fées sur l'ascension sociale improbable de futures princesses, la trajectoire de ces deux soeurs improvisées n'est pas au dessus d'un revers sérieux, qui contribue en même temps à l'affirmation de leur identité. Car en dessous de l'humour dérisoire que le premier film de Géraldine Nakache et Hervé Mimran dispense sans compter, la gravité des inégalités sociales et le triste sort de ceux et celles qui cherchent à franchir ces barrières invisibles ne se font jamais entièrement oublier.
    La porte d'entrée vers une vie prétendument meilleure est ainsi petit à petit dévoilée comme un piège fatal, à la fois à la personnalité naissante d'Ely et de Lila et à leur amitié sérieusement mise à l'épreuve par ce rêve éveillé. Le ton sur lequel les réalisateurs opèrent cette réflexion lucide ne se veut jamais moralisateur ou lourdement tragique. Il respire davantage l'inconsistance rafraîchissante de la vraie vie, où le bien succède au mal, et inversement, sans crier gare. L'illusion de la réussite se fissure pour les deux jeunes femmes avec une détermination douce, qui les met avant tout face aux problèmes de leur quotidien, qu'elles cherchaient justement à fuir en s'imaginant un prince charmant et des amis sophistiqués. La ringardise de leurs familles, qui a malgré tout partiellement déteint sur elles, dénote dans le contexte social qu'elles tentent d'intégrer par la petite porte. Ce décalage n'est jamais plus flagrant - et magnifiquement bouleversant - qu'au moment où le père d'Ely, un simple chauffeur de taxi, vient chercher sa fille à la sortie d'une soirée particulièrement bizarre et est remis à sa place par Agathe et Joan, parce qu'il a osé les adresser avec les mêmes paroles affectueusement vulgaires qu'il emploie d'habitude pour saluer sa fille. Tandis que pareille intrusion linguistique passe tout juste dans le cas de Carole, la copine à la grande gueule, parce qu'elle est prête à jouer le jeu malgré elle, la relation entre Ely et son père s'en voit sérieusement affectée.
    Enfin, la finesse inattendue du constat social du film repose en grande partie sur la justesse du jeu des comédiennes. Alors que la complicité manifeste entre Leïla Bekhti et Géraldine Nakache ne déborde jamais sur la complémentarité de leurs personnages, les seconds rôles savoureux, l'hilarante Audrey Lamy en tête, apportent une épaisseur humaine à Tout ce qui brille, qui fait malheureusement défaut en France à la plupart de ces mélodrames au féminin.

    Vu le 15 mars 2010, à la Salle Pathé Lamennais

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