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  • Princesse de Montpensier (La)

    Princesse de Montpensier (La)

    En 1562, les guerres de religion font rage en France. Profondément dégoûté par la cruauté des combats, François Comte de Chabannes fait défection à son seigneur huguenot et part vers le territoire de son ami de longue date, le Duc de Montpensier, afin d’y demander asile. En chemin, il croise le Prince Philippe de Montpensier, dont il était auparavant le précepteur, en route pour assister au mariage entre son cousin Mayenne de Guise et Marie de Mézières. Or, cette union arrangée n’aura pas lieu, d’un parce que le cœur de Marie bat réellement pour Henri, le frère aîné de son futur époux, et de deux, à cause des stratagèmes habiles du Duc de Montpensier, qui arrive à convaincre le père de la mariée de promettre sa fille plutôt à son fils Philippe. En dépit des noces célébrées hâtivement entre le Prince et Marie, la beauté et l’esprit de cette dernière n’ont pas fini de troubler les hommes de son entourage.

    Sortie : 03 novembre 2010
    Durée : 139 minutes
    Réalisateur : Bertrand Tavernier
    Genre : Drame

    Critique de Tootpadu 3.5 ★

    Présenté en compétition au dernier festival de Cannes d’où il est malheureusement revenu bredouille, le nouveau film de Bertrand Tavernier commence avec fracas. Au bout d’une course poursuite à cheval et d’un guet-apens violent dans une ferme, le héros secret et discret de La Princesse de Montpensier, le Comte de Chabannes, considère qu’il a vu assez de sang et se soustrait à ses obligations guerrières. Evidemment, son sursaut de noblesse ne fait pas long feu, puisque les circonstances historiques, tout comme les querelles du cœur, obligeront cet homme instruit de trahir et ses amis, et ses propres sentiments intimes. Rien que dans cette courte séquence initiale, par ailleurs magnifiquement rythmée par la partition épique de Philippe Sarde, les dilemmes auxquels les personnages devront se soumettre contre leur gré sont subtilement esquissés. Plus qu’un film d’époque d’envergure, cette adaptation de la nouvelle de Madame de Lafayette alterne en effet brillamment entre l’aspect à la fois grandiose et déroutant du contexte historique, avec ses escarmouches dépourvues d’un vainqueur clairement déterminé, et le volet plus intimiste de l’intrigue, où le rapport de force prévaut invariablement sur l’idéal romantique.
    De la même façon que Les Amours d’Astrée et de Céladon dépassait le cadre du conte champêtre d’antan pour rester fidèle aux préoccupations formelles et narratives de l’œuvre d’Eric Rohmer, ce film-ci s’inscrit parfaitement dans la lignée commune aux réalisations de Bertrand Tavernier. La thématique habituelle des révoltes entamées par des individus aussi téméraires qu’inconscients, condamnées d’avance à l’échec face à un système qui suit sa propre logique du maintien du statu quo, est déclinée ici avec une vigueur et une finesse dans l’écriture qui faisaient quelque peu défaut aux derniers films du réalisateur. Personne n’y joue cartes sur table. Cette absence de franchise dans les paroles et les actes mène forcément à la perte plus ou moins irrémédiable de tous les participants. L’éternel conflit entre le cœur et la raison prend ici une tournure pour le moins sophistiquée, avec en son centre un personnage féminin fort, sujet aux convoitises des hommes et pas assez adroit pour tirer profit de cet engouement passager. Car si Marie de Montpensier se retrouve à la fin délaissée par tous, elle ne peut guère reprocher cet isolement aux seules circonstances sociales de l’époque, peu favorables à l’épanouissement des femmes. Son état d’esprit chancelant était en effet au moins autant responsable des ravages sentimentaux que la passion de braise de Henri, la jalousie de son mari contrarié et borné, la souffrance en silence de Chabannes, et les calculs froids et égoïstes du Duc d’Anjou.
    Cette ronde amoureuse pas si gaie que cela, mais plutôt sous le joug d’une fourberie qui n’ose pas dire son nom, elle est parfaitement servie par une brochette d’acteurs de premier choix. Alors que Mélanie Thierry fait penser à plusieurs reprises à une jeune Emmanuelle Devos et que Lambert Wilson excelle une fois de plus, après le récent Des hommes et des dieux de Xavier Beauvois, dans un rôle débordant de doutes intériorisés, la jeune garde, constituée de Raphaël Personnaz, Gaspard Ulliel, et Grégoire Leprince-Ringuet, s’en sort plus qu’honorablement.

    Vu le 19 octobre 2010, au Club Marbeuf

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Le 20 aout 2011

Note de Kay 5 ★

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