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Critique de film

  • Guépard (Le)

    Guépard (Le)

    En mai 1860, le prince de Salina voit d’un œil inquiet le débarquement de Garibaldi en Sicile. Conscient des bouleversements sociaux à venir, cet aristocrate issu d’une des plus vieilles familles de l’île cherche surtout à faciliter l’ascension de son neveu Tancredi, qui a pris parti pour les révolutionnaires. Alors que sa famille vaque imperturbablement à ses occupations habituelles, en se rendant comme tous les étés au palais de villégiature dans les montagnes, le prince prend ses dispositions pour assurer à Tancredi un avenir radieux, à la hauteur de ses ambitions, quitte à privilégier un mariage avec la belle Angelica, au détriment de sa propre fille Concetta.

    Sortie : 01 décembre 2010
    Durée : 186 minutes
    Réalisateur : Luchino Visconti
    Genre : Drame
    Reprise

    Critique de Tootpadu 5 ★

    Il n’y aura jamais assez de superlatifs pour qualifier ce chef-d’œuvre de Luchino Visconti, Palme d’Or au festival de Cannes en 1963, qui ressort ces jours-ci dans une magnifique copie restaurée. Le plus beau, le plus profond, le plus mélancolique, le plus lucide, le plus somptueux, le plus fascinant : la liste des compliments que nous sommes prêts à attribuer à chaque nouvelle vision à cette adaptation magistrale du roman de Giuseppe Tomasi di Lampedusa paraît en effet inépuisable. Rarement auparavant ou depuis, l’alternance entre le faste de la reconstitution historique et des observations plus intimistes n’a été exécutée avec une telle élégance et un tel souffle épique, qui ne perd jamais de vue l’essentiel. Car les décors et les costumes d’une noblesse enivrante ne sont nullement appelés à détourner l’attention du point crucial du Guépard : la prise de conscience du passage du temps et des effets plus ou moins néfastes qui l’accompagnent.
    Sous les traits d’un Burt Lancaster au sommet incontestable de son art, le prince de Salina compte parmi les personnages les plus tragiques de l’Histoire du cinéma. C’est un homme érudit, attaché simultanément aux plaisirs de la chair et au respect inébranlable des traditions familiales. Ces deux repères se dérobent cependant progressivement à son contrôle, d’un côté à cause des événements insurrectionnels qui mettent en branle la suprématie sociale des seigneurs, et de l’autre à cause des premiers signes d’une faiblesse physique, encore accrue par l’impression de devoir déjà passer les rênes à la génération suivante. Le prince de Salina se sent obligé d’anticiper l’évolution politique, afin de veiller aux intérêts futurs de sa progéniture. Sauf qu’en participant activement, quoique derrière les coulisses, à la création d’une nouvelle conception de l’Italie, il ne lui appose pas seulement son sceau d’approbation. Il devient aussi le complice involontaire d’une redistribution des cartes existentielles, sur laquelle il n’a aucun impact réel. C’est l’éternel combat de l’individu contre le système auquel il s’adonne avec une résignation écrasante, qui n’est dissipée temporairement que par la fougue de son neveu. Il reste une petite lueur d’espoir à cet homme droit, qui mise tout sur le partant aux meilleures chances de réussir dans ce monde moderne. Hélas pour lui, Tancredi est au mieux une pâle copie de son oncle vénéré, un opportuniste suave dont l’allégeance change en fonction des retournements successifs en ces temps troubles du Risorgimento.
    La mise en scène de Luchino Visconti orchestre cette lente prise de conscience d’un homme impuissant avec une subtilité sublime. Rien que les déplacements des personnages à travers le cadre en disent plus long sur leurs désirs refoulés et leur obéissance quasiment innée aux conventions sociales que tous les traités théoriques réunis. Les motifs d’une beauté sidérante ne manquent pas pour indiquer tout en finesse le lent déclin de l’aristocratie, sans que cette disparition programmée d’avance ne donne lieu à un renouvellement salvateur. Comme le dit si bien cette réplique emblématique du film, tout doit changer pour que le statu quo perdure, mais cette fois-ci avec des hyènes fourbes à la place des guépards majestueux. Jamais un constat aussi accablant n’a été formulé avec une telle maestria filmique, dont l’éclat visuel et sonore, grâce à la photographie de Giuseppe Rotunno et à la musique de Nino Rota, ne manque pas de nous subjuguer entièrement, chaque fois que nous revenons à ce film de chevet indémodable !

    Revu le 16 novembre 2010, à la Salle Pathé Lamennais, en VO

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