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Bird

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    En septembre 1954, le saxophoniste légendaire Charlie « Bird » Parker est admis à l’hôpital psychiatrique, suite à une tentative de suicide. Alcoolique et drogué, souffrant d’un ulcère et inconsolable après la mort de sa fille, Bird s’est engagé depuis des années dans une spirale d’autodestruction qui lui sera fatale. C’est son tempérament imprévisible, qui l’a empêché d’atteindre le même degré de célébrité que ses contemporains Dizzy Gillespie et Duke Ellington, en dépit du soutien indéfectible de sa femme Chan.

Critique de tootpadu

  • De nos jours, Clint Eastwood est une sorte d’éminence grise du cinéma hollywoodien, un octogénaire toujours actif qui jouit de l’admiration plus qu’une fois renouvelée du public et de ses confrères. Or, cette entrée tardive dans le cercle fermé des légendes indiscutables et indémodables du cinéma américain ne paraissait pas toujours acquise à cet acteur, certes populaire grâce à ses rôles emblématiques chez Sergio Leone et Don Siegel, mais initialement considéré comme un réalisateur mineur, au moins par ses compatriotes. Ce n’est qu’à partir de deux films à forte connotation musicale dans les années 1980 que Clint Eastwood a commencé d’être pris au sérieux en tant que cinéaste : Honkytonk man et cette biographie filmique magistrale d’un monument du jazz. Pour la véritable consécration par ses pairs, il allait devoir attendre quatre années supplémentaires, mais Bird est indubitablement son premier chef-d’œuvre, un film épique qui retrace pourtant avec une grande sensibilité les démons intimes d’un musicien génial.
    Confié à des artisans honnêtes comme Taylor Hackford ou James Mangold, le parcours accidenté des grands noms de la scène musicale américaine – comme par hasard tous hantés par le même cercle vicieux de dépendances et d’infidélités – donne des films aussi convenables, mais nullement passionnants, que Ray ou Walk the line. Entre les mains d’un Clint Eastwood au meilleur de sa forme, le destin tragique de Charlie Parker est sublimé cependant en un chant de cygne digne et poignant. La narration ne se laisse point obnubiler par le prestige de son personnage principal, pas plus qu’elle ne cherche à susciter des émotions avec des poncifs sur le pauvre drogué, qui n’arrivera jamais à remonter durablement la pente d’une existence piégée dans le déséquilibre constant entre le succès publique d’un côté, et un état d’esprit torturé de l’autre.
    Ce film fascinant ne se fait pas non plus le chantre d’un message volontariste, dont la morale rassurante satisferait sans réserve une certaine tendance du cinéma hollywoodien à gommer toutes les saletés, susceptibles de mettre en danger une fin heureuse. De même, il ne s’emploie aucunement à trahir l’héritage de Charlie Parker en édulcorant les stations successives d’une vie condamnée d’avance par la toxicomanie et le vague à l’âme du musicien surdoué, voire visionnaire. Il s’agit plutôt ici du cas rare et précieux d’une histoire d’amour entre deux écorchés vifs, contés sans le moindre soupçon de pathos ou de guimauve sentimentale. Grâce à l’interprétation en tous points parfaite de Forest Whitaker et de Diane Venora, la relation tumultueuse entre Bird et Chan devient le cœur vigoureux – quoique atteint d’emblée du germe de son déclin par le biais de la forme sophistiquée de l’histoire, un véritable édifice d’associations mentales – d’un film pas forcément mélancolique, mais avant tout profondément humain.

    Revu le 21 juillet 2011, au Max Linder, en VO

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