Ultimatum des trois mercenaires (L')

Ultimatum des trois mercenaires (L')
Titre original:Ultimatum des trois mercenaires (L')
Réalisateur:Robert Aldrich
Sortie:Cinéma
Durée:144 minutes
Date:13 décembre 1978
Note:
Le dimanche 16 novembre 1981, trois hommes s’introduisent dans la base militaire Silo 3 dans le Montana. Sous le commandement de l’ancien général Lawrence Dell, ils exigent quelques millions de dollars, une extradition à bord de l’avion du président, ainsi que la publication par ce dernier d’un rapport classé secret défense sur les raisons de l’implication américaine dans la guerre du Vietnam. Si leurs demandes ne sont pas exaucées, ils menacent de faire décoller les neuf missiles nucléaires sous leur contrôle. Le président David Stevens convoque ses plus proches collaborateurs à une réunion d’urgence, afin de décider ensemble comment répondre à cet ultimatum sans issue paisible.

Critique de Tootpadu

Les Etats-Unis font tout leur possible afin de maintenir l’illusion d’une démocratie sans reproche, avec un président juste et équitable à sa tête. La réalité est bien sûr toute autre, puisque le commandant suprême est dans le meilleur des cas un pantin qui résiste tant soit peu aux manœuvres de manipulation dont il est la cible permanente. Le président américain n’est point l’homme le plus puissant de la planète. Il est juste la feuille de vigne derrière laquelle l’Oncle Sam peut vaquer tranquillement à ses occupations malhonnêtes. Après tant de scandales et de crétins à la Maison Blanche, nous ne sommes plus censés être dupes de cette supercherie qui tente vaillamment de faire passer la mascotte pour le décideur. Mais puisque le cinéma hollywoodien a pour vocation principale, en termes idéologiques, de faire perdurer les mensonges d’un système politique hautement perfectible, la seule représentation du président américain qu’il nous réserve ces temps-ci est celle, caricaturale et fortement redevable de l’état d’esprit naïf des années 1990, du héros sans faille qui défend sa résidence comme un guerrier archaïque, dans La Chute de la Maison Blanche de Antoine Fuqua et White House down de Roland Emmerich.
Les choses n’étaient guère si différentes sur la scène politique à la fin des années 1970, à quelques encablures temporelles de la prise d’otages à l’ambassade de Téhéran, l’ultime humiliation pour la conscience collective américaine dans une longue série d’impasses militaires et politiques. Sur le grand écran, les spectateurs avaient cependant le privilège d’assister aux dernières convulsions d’un cinéma moderne et iconoclaste, qui n’allait pas tarder à être balayé par le vent du changement reaganien de la décennie suivante. L’Ultimatum des trois mercenaires est sans aucun doute un film marqué par son temps : en mal, par l’emploi abusif du dispositif de l’écran divisé, et surtout en bien, par une conscience politique à la noirceur déprimante. Son côté militaire y prend la fonction de la pointe de l’iceberg d’un malaise national bien plus profond que quelques vieux généraux acariâtres qui se livrent des jeux de guerre à l’ancienne. Après une première partie presque laborieuse, avec cette prise du bunker filmée sans un sens aigu pour l’action, la narration apprécie heureusement mieux l’envergure des enjeux de cette intrigue pas si improbable que ça.
Car cette épopée à la tension suffocante de Robert Aldrich a beau être typique de l’antagonisme brûlant de la Guerre froide, elle ne pose pas moins des questions qui dérangent jusqu’à ce jour. Face à l’impossibilité d’accéder à un niveau de transparence acceptable pour les maîtres chanteurs en particulier, et pour l’opinion publique en général, le récit évoque froidement le manque d’options dans notre monde qui vit toujours sous la menace hypothétique d’un anéantissement nucléaire. Les ennemis imaginaires ou concrets de la grande nation américaine ont peut-être changé au cours des trente-cinq dernières années. Sa politique internationale est par contre toujours un tas de décisions prises à la va-vite et en fonction de l’intérêt économique, au lieu d’être à la hauteur de la responsabilité visionnaire qui revient à une puissance mondiale. Soigneusement caché derrière la distribution truffée de vétérans du cinéma hollywoodien et un compte à rebours en guise de prétexte pour faire avancer l’intrigue, le propos fort pessimiste sur la volonté du système américain de maintenir le statu quo – peu importe les sacrifices que cette doctrine réactionnaire implique – est tout à l’honneur de ce film brillant.

Revu le 8 mai 2013, au Champo, Salle 2, en VO

Note de Tootpadu: