Meteora

Meteora
Titre original:Meteora
Réalisateur:Spiros Stathoulopoulos
Sortie:Cinéma
Durée:81 minutes
Date:17 juillet 2013
Note:
Perchés sur des monolithes de roche en plein centre de la Grèce, les deux monastères orthodoxes de Meteora se font face. Celui des nonnes n’est accessible que par un ascenseur artisanal, tandis qu’un long escalier mène à celui des moines. La sœur d’origine russe Urania et le frère Theodoros se sont rencontrés dans la vallée. En dépit de leur vœux de chasteté, ils se revoient et finissent par succomber à l’attirance charnelle qu’ils éprouvent l’un pour l’autre.

Critique de Tootpadu

Comme l’amour, la foi est un sentiment intime qu’on ne peut ni voir, ni montrer. Il en existe certes des indices et des preuves, mais la ferveur spirituelle compte, à l’instar de l’emballement romantique, parmi ces fanatismes dématérialisés qu’on reconnaît le mieux aux épreuves qu’ils causent. Ce film grec, en compétition au festival de Berlin l’année dernière, illustre l’éternel combat entre l’esprit et la chair. Et étonnamment, il s’acquitte plutôt bien de cette tâche guère originale, qui consiste à dresser la rigidité d’une vie vouée aux pratiques religieuses contre des pulsions plus bassement lascives. La mise en scène forcément contemplative de Spiros Stathoulopoulos y parvient en désamorçant la radicalité potentielle de son histoire, grâce à un ton qui tend sensiblement vers l’irréel.
Le cadre naturel escarpé dans lequel se déroule l’action rudimentaire de Meteora se prêterait aisément au conte, celui de Raiponce en particulier avec ce filet tiré laborieusement jusqu’en haut du monastère des bonnes sœurs. Le recours à l’animation pour quelques séquences pourrait confirmer cette première impression trompeuse, si ces relectures de l’iconographie orthodoxe n’exprimaient plutôt crûment les troubles de la conscience chez les deux adeptes de l’amour interdit. La perversion de la représentation du Christ devient surtout explicite à deux reprises : quand Theodoros se sert de la surface polie de son icône principale pour rétablir le contact avec le véritable objet de ses fantasmes, par réflexion de la lumière du soleil interposée, ainsi que lors de la crucifixion sanglante dans le labyrinthe souterrain.
Or, le but du film n’est certainement pas de choquer, ne serait-ce qu’à cause de l’absence d’un regard désapprobateur depuis l’extérieur sur cette affaire impie. Il s’emploie simplement à accompagner, entre désespoir et liberté, un coup de foudre rendu a priori impossible par la topographie des lieux et – à plus forte raison – par une conception de la religion, qui n’est nullement prête à laisser les sentiments spirituels et charnels, aussi purs les uns que les autres, coexister en harmonie.

Vu le 6 juin 2013, au Club de l'Etoile, en VO

Note de Tootpadu: