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Cours étrange des choses (Le)

  • Cours étrange des choses (Le)
    Divorcé depuis deux ans, Saul est secrétaire de nuit dans un centre médical. Sur un coup de tête, il décide de rendre visite à son père Simon qu’il n’a pas vu depuis longtemps. Les retrouvailles se passent plutôt bien d’abord, mais Saul ressent vite qu’il n’a plus de place dans la vie de son père. Ce dernier cherche pourtant à renouer la relation avec son fils, dont il ne s’était pas trop occupé dans le passé.

Critique de Tootpadu

  • Comme le dit la chanson de Michel Sardou, elle court, elle court, la maladie d’amour. Sauf que dans ce film israélien, l’élan perpétuel du protagoniste s’engage plutôt dans un mouvement de fuite, à l’écart d’une plénitude amoureuse. Le point de départ de son malaise existentiel est le vide affectif, laissé par les séparations et les déceptions qui rendent le cap des quarante ans si redoutable. Saul aspire à une forme de harmonie, à la fois familiale et romantique, que ses choix du passé lui rendent inaccessible. Par conséquent, il n’arrête pas de courir, voire de se jeter dans le gouffre des responsabilités paternelles, quand un accident providentiel le ralentit temporairement. Toute cette agitation ne lui apporte pas vraiment la quiétude souhaitée, mais elle remue au moins assez ses relations conflictuelles, avec son père et sa fille, pour engager un processus salutaire de réconciliation trop longtemps esquivé.

    Le sixième film de Raphaël Nadjari, un réalisateur qui se situe au confluent du cinéma américain et israélien, toujours conjugué sous une forme libre et indépendante, a beau ne pas recourir au symbolisme, le point commun des différents personnages est qu’ils se servent tous d’une béquille pour subsister dans leur vie. Peu importe que ce soit par le biais du footing de Saul, de la méditation de son père, des pratiques ésotériques de la compagne de ce dernier, ou bien du joint rêvé de la jeune femme croisée à l’hôpital, aucun d’entre eux n’ose faire face directement à la réalité du présent. Ce dernier est certes évoqué explicitement lors d’une drôle de séance de convocation des esprits des ancêtres, en guise de réunion familiale qui tourne une fois de plus à l’affrontement. Mais l’incapacité tout à fait mélancolique des personnages de combler le vide qui les dévore de l’intérieur, d’établir une relation qui ne serait pas marquée par des enfantillages ou des reproches têtues, les rend d’autant plus touchants, sans le moindre soupçon de complaisance sentimentale de la part d’une narration un peu trop nerveuse.

    Enfin, Le Cours étrange des choses propose le portrait saisissant, plein de tensions, de l’institution sociale qu’est la famille. Très loin de la chimère d’une connivence à travers les générations, et tout aussi peu sensible aux effusions mélodramatiques, le scénario fait de l’imperfection des relations humaines une vertu, à coups d’incongruités et de bizarreries curieuses. Le personnage principal n’est au fond qu’un fuyard frustré, trop narcissique pour assumer ses propres défauts et agacé par la simple présence de créatures aussi inoffensives que les chiens. Alors que son sort aurait de quoi nous rebuter, grâce à la subtilité de la mise en scène, on y reconnaîtrait presque le nôtre, pas davantage en paix avec une famille nullement digne de notre haine et pourtant absorbée jusqu’à l’asphyxie par des préoccupations divergentes.

     

    Vu le 6 novembre 2013, au Club Marbeuf, en VO

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