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La loi de la jungle

  • La loi de la jungle
    Marc Châtaigne, stagiaire au Ministère de la Norme, est envoyé en Guyane pour la mise aux normes européennes du chantier GUYANEIGE : première piste de ski indoor d’Amazonie destinée à relancer le tourisme en Guyane. De mésaventure en mésaventure, on lui affuble un coéquipier. Pas de chance c’est une pin-up. Pire : elle a du caractère.

Critique de Mulder

  • Que reste-t’il encore aujourd’hui de ces grandes comédies burlesques qui nous faisaient rire aux éclats tout en bousculant les bonnes mœurs de notre société ? En découvrant le second film de d'Antonin Peretjatko, on pense inévitablement aux films de Francis Veber, Patrick Schulmann, de Blake Edwards et surtout du trio des ZAZ. Dans cet univers à la pointe de l’absurde, ce n’est pas seulement les rouages de la bureaucratie qu’égratigne ce film mais également de la bêtise humaine (comme ce pont reliant Le Brésil et la Guyane inutilisable et qui a coûté pas moins de cinquante millions). Le réalisateur Antonin Peretjatko a non seulement co-écrit le scénario de ce film (avec l’aide de Frédéric Ciriez) mais aussi a participé à son montage. Pétri d’une réelle envie de cinéma et d’une volonté de bousculer les comédies actuelles qui trop souvent obéissent aux mêmes règles et rituels, le réalisateur nous livre une comédie qui a tout pour devenir culte.

    Impossible en découvrant le personnage de Marc Châtaigne de ne pas penser au personnage campé par Pierre Richard, François Perrin, dans les comédies du réalisateur Francis Veber (Le Jouet (1976), La chèvre (1981)..) C’est un personnage en totale inadéquation avec son univers mais qui arrive malgré les nombreuses obstacles qui se présentent à lui à se frayer sa route en pleine jungle urbaine. On pense également à ces duos qui ont fait toute la gloire du réalisateur précité. Dans cette jungle le personnage principal ne pourra compter que sur une héroïne anachronique du nom de Tarzan et campée par Vimala Pons (revue récemment furtivement dans le dernier film de Paul Verhoeven Elle). Ces deux stagiaires vont non seulement devoir unir leurs efforts mais surtout faire avec les défauts de l’autre. Le réalisateur ne se gêne donc pas à aucun moment à leur trouver les pires mésaventures et à les opposer à une faune dangereuse (insectes, serpents..).

    De la même manière en suivant ce film on repense constamment aux comédies de Patrick Schulmann (Et la tendresse?... Bordel! (1978) et P.R.O.F.S. (1985)). Ce n’est donc pas non plus un hasard de retrouver au sein du casting l’un des comédiens les plus appréciés par ce réalisateur Jean-Luc Bideau. En nous parlant de ce pont construit mais qui est inutilisable entre le Brésil et la Guyane (pourtant bien réel et qui a coûté pas moins de cinquante millions), de cette piste de ski fictive en pleine Guyane ou encore de ce Ministère de la Norme (fictif également) le film égratigne toute la bêtise humaine avec un plaisir amplement partagé. On pense aussi constamment aux films de Blake Edwards et du trio ZAZ qui nous ont concoctés des comédies culte. Le premier avec la saga de la panthère rose (le personnage de Marc Châtaigne n’est pas si éloigné du personnage de l’inspecteur Jacques Clouseau). Quant au trio ZAZ, le réalisateur semble en être l’un des nombreux fans tant ce film recèle d’ingéniosité et de pitreries diverses.

    Le réalisateur peut également s’appuyer sur un véritable casting hétéroclite dans lequel le comédien Vincent Macaigne (Des nouvelles de la planète Mars (2015)) trouve un rôle sur mesure et devient le principal élément clé du film. Il fallait en effet oser lui donner le rôle d’un stagiaire qui se retrouve en pleine Guyane pour vérifier la conformité aux normes européennes de ce projet d’une piste de ski. Les nombreux seconds rôles reviennent à Pascal Légitimus, Matthieu Amalric et Fred Tousch.

    Enfin La loi de la jungle n’est en aucun cas une juxtaposition de clichés sur la vision que nous pouvons avoir de la Guyane. C’est en aucun cas une vision négative de ce pays que le film présente. Au contraire, on assiste plutôt à un Crocodile Dundee inversé dans lequel un stagiaire bureaucrate doit non seulement prouver qu’il n’est pas mort mais aussi doit se tracer sa propre route, perdu en pleine jungle, vers le monde civilisé. Le réalisateur a pu livrer un film totalement anachronique et qui ne ressemble à aucune comédie récente. En permanence, il cherche à étonner les spectateurs, à jouer avec eux en leur renvoyant un portrait d’une société basée sur des règles incompréhensibles. Pour ces raisons, La Loi de la Jungle mérite d’être vu en salles et surtout on devrait saluer ce réalisateur audacieux et on suivra sa carrière avec une grande attention.

    Vu le 01 juin 2016 au Club de l’Etoile

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