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Ouvert la nuit

  • Ouvert la nuit
    Luigi a une nuit pour sauver son théâtre. Une nuit pour trouver un singe capable de monter sur les planches et récupérer l'estime de son metteur en scène japonais ; une nuit pour regagner la confiance de son équipe et le respect de sa meilleure amie - qui est aussi sa plus proche collaboratrice... et pour démontrer à la jeune stagiaire de Sciences Po, tellement pétrie de certitudes, qu'il existe aussi d'autres façons dans la vie d'appréhender les obstacles...

Critique de Mulder

  • IIl aura fallu attendre 13 ans pour découvrir le 3ème film d’Edouard Baer Ouvert la nuit mais le résultat est une comédie réussie irrésistible. Après La Bostella (2000), Akoibon (2005), le réalisateur et scénariste signe ici son film le plus abouti, original et captivant. Véritable saltimbanque, comédien, auteur de pièce de théâtre animateur de radio et de télévision, producteur, scénariste et réalisateur tout semble captiver l’attention d’Edouard Baer. Ouvert la nuit lui permet ainsi de conjuguer sa passion pour le théâtre et son regard sur la fragilité du monde artistique actuel. Impossible de ne pas voir certaines similarités entre son personnage Luigi qui a une nuit pour sauver son théâtre du naufrage économique et ce comédien cherchant par tous les moyens à garder son indépendance et créer un univers qui lui est proche.

    Alors que la plupart des comédies actuelles semblent répondre à des règles préétablies avec plus ou moins de conviction, Edouard Bart trouve à travers son film le moyen non seulement de rendre hommage aux différentes personnages œuvrant dans les coulisses voire sur les tournages de cinéma, passionnés par leur métier au point de ne pas courir constamment après des salaires mirobolants. Durant toute une nuit nous suivons donc les tribulations d’un directeur de théâtre endetté à la veille de la grande première d’un nouveau spectacle. Entre un metteur en scène japonais et sa traductrice, une équipe prête à faire grève, une jeune stagiaire au franc parlé et une ancienne amie qui continue à veilleur sur lui, le personnage de Luigi nous touche par son innocence et sa manière de vivre dans ses songes. Edouard Baer fait partie de ces saltimbanques du cinéma, de ces passionnés de culture qui s’expriment à travers une forme d’humour aussi franche et fonctionnelle. Son film lui ressemble ainsi totalement. On est touché par cette galerie de personnages que nous ne retrouvons guère actuellement au cinéma devenu malheureusement trop stéréotypé.

    Le rythme du film nous renvoie également à ces grandes comédies dans lesquelles les personnages principaux se retrouvent malgré eux dans une course effrénée dans une ville qui leur semble étrangère. On pense ainsi notamment à After Hours (1986) de Martin Scorsese, Le Journal (1994) de Ron Howard dans lesquels le personnage principal se retrouve plongé dans une aventure ubuesque et croise de nombreux personnages atypiques. En revenant à l’essence même du cinéma qui est de nous divertir intelligemment et surtout porter un regard d’auteur sur notre société actuelle, Edouard Bart insuffle suffisamment d’âme à son film pour en faire une des bonnes surprises de ce début d’année. Entre sa recherche d’un singe pour le nouveau spectacle qui va se ternir dans sa salle de théâtre, celle d’argent pour tenir jusqu’aux prochaines recettes, le film trouve aisément son rythme et nous captive par son originalité et sa liberté totale d’inspiration.

    Ouvert la nuit montre une nouvelle fois aussi la volonté d’Edouard Baer de se créer une véritable famille cinématographique avec ses comédiens. Son approche qu’il utilise aussi bien dans ses nombreuses pièces de théâtre et ces films permettent de leur donner une véritable continuité. Cette fois-ci on retrouve aussi bien au casting les comédiens Michel Galabru (son dernier rôle au cinéma) que des comédiens avec lequels le réalisateur a déjà travaillé (Christophe Meynet, Patrick Boshart et Alka Balbir) que les comédiennes Sabrina Ouazani, Audrey Tautou et Marie-Ange Casta (belle révélation du film). Porté par ce casting haut en couleur, Ouvert la nuit nous transporte dans une virée nocturne en plein Paris loin des nombreux lieux touristiques trop souvent présentés au cinéma.

    Derrière ce film, se cache également la volonté d’un scénariste et réalisateur qui souhaite donner une véritable profondeur à ses personnages quitte à sacrifier par moment l’action du film. Reste que ses portraits inspirés donnent au film une véritable tonalité attachante à l’image d’un comédien préférant s’effacer derrière son œuvre que d’en faire une vision nombriliste ne servant qu’à lui faire un rôle sur mesure. On appréciera cette approche tant le film aborde sans complexe les zones d’ombre du personnage de Luigi totalement insouciant du mal qu’il peut propager autour de lui par sa manière de refuser les diktats d’une société et refuser d’assumer certains de ces actes. Ouvert la nuit mérite donc d’être découvert et défendu.

    Vu le 5 décembre 2016 à l’UGC Ciné-cité Les Halles, salle 10

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