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Monos

  • Monos
    Dans ce qui ressemble à un camp de vacances isolé au sommet des montagnes colombiennes, des adolescents, tous armés, sont en réalité chargés de veiller à ce que Doctora, une otage américaine, reste en vie. Mais quand ils tuent accidentellement la vache prêtée par les paysans du coin, et que l'armée régulière se rapproche, l'heure n'est plus au jeu mais à la fuite dans la jungle...

Critique de Mulder

  • Il devient de plus en plus rare en découvrant un film d’être surpris tant de nombreux réalisateurs semblent avoir uniquement comme principale préoccupation de rentrer dans un moule préformatté pour plaire à un large public ou remplir un lourd cahier des charges d’un studio de cinéma ne voyant un film non plus comme une œuvre mais un simple produit. Dans ce sens, le troisième film de Alejandro Landes après le documentaire Cocalero (2007) et Porfirio (2011) s’impose comme une réussite artistique impressionnante tant ce film réussit à mixer à la perfection approche documentaire et thriller en plein milieu naturel.

    En plantant le décor de l’action en pleines montages colombiennes, le réalisateur et co-scénariste propose non seulement une approche immersive de l’intrigue mais surtout réussit dès sa scène d’introduction à capter toute notre attention et surtout à nous étonner. En découvrant ce camp d’entrainement composé d’adolescents formés à la guerre telle une milice, on découvre un monde aussi beau par son cadre naturel que dangereux par la présence de jeunes hommes prêts à tout pour accomplir leur mission. Dans le cas présent, il s’agit de surveiller une otage américaine. Malheureusement pour ces jeunes soldats, leur otage se retrouve être courageuse et prête à tout pour s’échapper. Le film semble ainsi être construit par une somme d’oppositions successives et surtout dépeint un monde différent du nôtre.

    Impossible en découvrant ce film de ne pas penser à La Forêt d'émeraude (The Emerald forest) (1985) de John Boorman et au livre Sa majesté des mouches (1954) de William Golding. Ces jeunes enfants endoctrinés qui deviennent de véritables bourreaux au service d’une cause qui les dépasse est réellement inquiétant. On ne peut donc que prendre parti pour cette otage et applaudir son courage et sa grande humanité. Le regard que pose le réalisateur sur ce coin de paradis terrestre abimé par la présence de l’homme nous rappelle également l’importance de préserver notre environnement et le fait que nous ne sommes pas informés parfaitement de ce qui se passe dans d’autres pays. La violence est omniprésente pendant tout le film et le réalisateur ne cherche pas forcément à plaire aux spectateurs. Son film tranche ainsi avec tous ces films commerciaux et souvent certes impressionnants mais vides de sens.

    Afin de proposer une réelle immersion et permettre aux comédiens non professionnels d’être réellement convaincants, on sent qu’Alejandro Landes à trouver la bonne approche pour permettre de maximiser les effets et surtout nous montrer les nombreux dangers omniprésents dans ces coins abandonnés par l’homme. Les quelques dialogues présents dans le film ne font pas oublier que la volonté du réalisateur est de livrer un drame humain et en même temps un film d’aventure. De plus, il bénéfice de la présence de la comédienne Julianne Nicholson (Curtain Call (1999), Moi, Tonya (I, Tonya) (2017)..). On appréciera également le grand soin apporté à la photographie du film qui donne à celui-ci une aura toute particulière.

    Monos
    Un film réalisé par Alejandro Landes
    Produit par Alejandro Landes, Fernando Epstein, Santiago Zapata, Cristina Landes
    Sur un scenario de Alejandro Landes, Alexis Dos Santos
    Avec Julianne Nicholson, Moisés Arias
    Musique de Mica Levi
    Directeur de la photographie : Jasper Wolf
    Montage : Yorgos Mavropsaridis, Ted Guard, Santiago
    Production : Stela Cine, Participant
    Distribution : Neon (Etats-Unis), Cine Colombia (Colombie), Le Pacte (France)
    Date de sortie : 27 janvier 2019 (Sundance Film Festival), 15 août 2019 (Colombie), 13 septembre 2019 (Etats-Unis), 4 mars 2020 (France)
    Durée : 103 minutes

    Vu le 12 février 2020 au Club de l’Etoile, en VO

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