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Entretiens - Interview de Henry Jackman relative au film The Birth of A Nation

  • Par earina, Los Angeles, le 13 octobre 2016

    Q: Vous êtes, depuis très longtemps, mon compositeur préféré. Vous avez une filmographie si incroyable: Monstres contre Aliens (2009), Kick-Ass (2010), X-Men: le Commencement (2011), Les Mondes de Ralph (2012), Kick-Ass 2 (2013), Captain Phillips (2013), Captain American : le Soldat de l’Hiver (2014), Les Nouveaux Héros (2014), Kingsman : Services Secrets (2015), La 5ème Vague (2016), Captain America : Civil war (2016). Où trouvez-vous une telle créativité?

    Henry Jackman : Ingérer réellement ce sur quoi vous travaillez. Lisez-le. Regardez-le. Comprenez les personnages, la narration, la structure et tout le reste. Ainsi, avant même de commencer l’écriture, vous êtes véritablement absorbés par ce qui est musicalement nécessaire et pourquoi vous écrivez de la musique en premier lieu. Ainsi, toutes les idées que vous avez eues sont concentrées et aiguisées sur votre tâche. Bien sûr, il y a une certaine quantité de recherche et d’expérimentation et on balance des idées à la louche. Parfois ça marche, parfois non. C’est une part naturelle du processus. D’une drôle de façon, trouver le thème et la tonalité du film avant d’en avoir composé tous les tops (moment d’entrée d’une musique, N.D.L.T.) est, d’une certaine façon, la partie la plus amusante. Parce que vous créez un petit monde musical qui est unique à chaque projet. J’ai eu la chance d’avoir une formation musicale assez vaste qui comprend toutes sortes de choses différentes, aussi bien une éducation musicale stricte, en plus de travailler dans l’industrie de l’enregistrement et faire beaucoup de musique électro… J’ai pas mal de cordes à mon arc quand il s’agit de trouver un son unique, j’ai beaucoup de matière à travailler grâce à mon univers musical passé.

    Q: The Birth of a Nation est votre première collaboration avec le réalisateur Nate Parker. Dans quelle mesure avez-vous tous deux travaillé afin de composer la parfaite bande-originale pour illustrer ce film?

    Henry Jackman: C’était une expérience fantastique. J’avais lu le script. J’ai vu la première mouture du film. En fait, avant d’écrire le thème principal, nous avons eu de très grandes discussions. Quelques unes étaient à propos de la logistique car, lorsque j’ai rencontré Nate, il n’avait pas de budget, pas de date de sortie, pas de studio. C’était une situation très instable, à savoir si le film pourrait se faire proprement. C’était une de mes premières considérations, étant donné que nous n’avions aucun budget, peut-être devrions-nous nous contenter d’une bande-originale réduite, peut-être un seul violoncelle, une seule chorale, un seul piano, ce genre de choses. Nous pouvons toujours être très créatifs, c’est juste que nous ne serons pas capables d’avoir un orchestre philarmonique au complet parce que nous ne pourrons pas nous l’offrir. C’est à tout à son honneur que Nate m’a dit “ne pense pas comme cela, pense ambitieusement. À l’heure actuelle, nous n’avons pas le budget. À l’heure actuelle, nous n’avons pas de studio qui nous soutienne. Mais si tu penses au film… Dans un monde idéal, quel genre de bande-originale aurait-il? ». Une fois que j’ai vu le film, il y avait tant de fils différents. Je lui ai dit : « il y aurait un thème pour Nat Turner, il y aurait un orchestre philharmonique, il y aurait un gospel, peut-être même une chorale d’enfants, des chanteurs solo ce serait fantastique ». Je pense réellement que la voix humaine peut jouer une grande part. Une grande partie de cela vient de Nate. Il avait des opinions très prononcées sur comment utiliser le chant. Parce que parfois, c’est un peu délicat d’utiliser le chant dans une bande-originale, parce que cela nous distrait du dialogue. Mais nous avons trouvé un moyen pour que cela fonctionne. Nous avons utilisé des percussions Africaines, des instruments à vent Africains, une chorale d’enfants, des chanteuses solo, des chanteurs solo, et un orchestre philharmonique. D’une façon ou d’une autre, par la combinaison des faveurs obtenues en raison de la passion de Nate pour ce projet et son fantastique travail pour récolter des fonds afin de le concrétiser, nous avons réussi à faire la bande-originale dont nous rêvions.

    Q: Vous avez avec succès capturé l’essence de la mélodie de l’oppression à travers des mélodies qui reflètent la douleur omniprésente de l’ère dans laquelle repose le film. Quel a été pour vous le morceau le plus compliqué à composer et pourquoi ?

    Henry Jackman: C’est une question intéressante. Une des choses que nous voulions éviter, pas parce qu’il y a quelque chose de mal avec ça, c’est qu’il y a une fantastique tradition du spiritisme et des chansons dans les traditions Afro-Américaines et dans le gospel. C’est un genre musical très populaire. En réalité, nous voulions éviter le cliché potentiel Afro-Américain et de tout remplir par des arrangements de gospel. Trouver une façon d’utiliser les voix et la garder d’une façon universelle afin que ça ne sonne pas comme un arrangement d’une chanson spirituelle populaire était une expérience intéressante. Camille était la chanteuse solo avec cette voix incroyable qui ne rentrait pas nécessairement dans une catégorie connue. Elle ne semblait pas classique. Elle ne semblait pas spécifiquement Afro-Américaine. Elle ne semblait pas comme si elle venait d’une tradition gospel. Elle ne semblait pas entraînée. Elle ne semblait pas académique. En même temps, quand nous avons utilisé le gospel, ce qui était bien avec cette tonalité et cette tessiture, c’est qu’elle était différente d’une chorale classique. Ils ne chantaient pas du gospel. Ils chantaient ce que j’avais composé pour le film, ce qui n’avait pas vraiment la même tonalité que le gospel traditionnel. Je pense qu’en rassemblant toutes ces forces vocales, cette chanteuse, cette chorale d’enfants, cette chorale gospel, sans les faire tomber dans le stéréotype généralement associé à ces voix, avaient besoin d’une approche originale. Une fois que nous l’avons trouvée, c’était grandiose. Et cela semblait universel. Et unique. Je pense que c’était un des aspects les plus délicats.

    Q : Comment procédez-vous, d’une manière générale, pour composer une bande-originale?

    Henry Jackman: Pour être honnête, à part paniquer parce que nous n’aurions jamais assez d’argent pour travailler, parce que, bien évidement, je faisais toutes les demos, c’était un processus très similaire à d’autres films. C’est ce que Nate et moi nous étions promis. Ne pas nous inquiétez sur le fait qu’il n’y aurait pas de budget dans l’immédiat. Avançons, et je ferai la musique de ce film comme pour n’importe lequel. Ce serait comme tous les autres films sur lesquels j’ai travaillé. J’écrirai de la musique, rencontrerai Nate une fois par semaine. On repasserait la musique, on discuterait de la musique, on regarderait ce qui pourrait être amélioré, ce qui marcherait, ce qui ne marcherait pas. Le processus d’écriture et la collaboration avec Nate, malgré les premières circonstances très limitées, étaient très similaires au processus des deux films Captain America des frères Russo. Certaines de nos réunions duraient 3, 4 ou 5 heures parce que nous discutions de tout, de la composition elle-même, des arrangements, de l’instrumentation. Ensuite, nous avions de très grandes conversations sur le racisme et l’histoire de l’Amérique et sur la situation des esclaves en Virginie. C’était une collaboration fantastique.

    Q : Nous avons récemment fait une interview avec Matthew Margeson. Comme vous, il résidait à « Remote ». Il a fait quelques arrangements sur quelques films sur lesquels vous aviez travaillé. Pouvez-vous nous parler de cette magique et longue collaboration ? Comment vous êtes-vous partagé le travail lors de vos collaborations?

    Henry Jackman: Je travaille actuellement avec Matt sur un film à venir, le second Kingsman. Nous travaillons ensemble. Les crédits seront : musique de Henry Jackman et Matt Margeson. Pas plus tard qu’hier, nous faisions un Skype avec le directeur et nous avons fait une sorte de duo au piano, avec des idées et des thèmes qui jaillissaient. Ce film est une affiche partagée.

    Q : Vous avez fait des bandes-originales pour des films de genres très différents. Vous avez travaillé de nombreuses fois sur des adaptations de Comics comme Kick-Ass, X-Men : le Commencement, Kick-Ass 2. Qu’est-ce-qui vous plait autant dans ce genre de film et lisez-vous des Comics?

    Henry Jackman: C’est intéressant. Je ne suis pas le stéréotype du gars qui lit des Comics. Quand j’étais enfant, je crois que ce qui se rapprochait le plus des Comics que j’ai lu était les BD d’Astérix car je suis Européen et Anglais. Les classiques américains comme Spiderman, Batman, Superman, Iron Man, je n’ai pas passé mon enfance et mon adolescence à les lire. D’une façon intéressante, du point de vue du compositeur, ce que j’apprécie le plus dans les films de super-héros est d’un angle complètement différent que celui du fan du Comics. Ceci dit, et surtout en 2016, il semble qu’il soit en vogue d’éviter la grande musique classique ou l’orchestre philharmonique qui a un réel héritage classique. Peut-être parce que beaucoup de films sont contemporains et que cette approche est inappropriée. Ce qu’il y a de super avec les films de super-héros – c’est la nature même du super-héros… Le super-héros est une sorte de dieu, en un sens. Un peu comme un dieu grec ou romain, comme Zeus ou Poséidon et toutes ces figures anciennes… Vous avez ces personnages qui sont au-delà du genre humain et qui ont des supers pouvoirs. Suffisamment humains pour que nous puissions les toucher mais ils sont comme une version supérieure de nous-mêmes. C’est ce que signifie un peu cette grande musique, originaire de Richard Strauss ou de Wagner, le genre de grande musique des compositeurs Austro-Germanique du 19ème siècle, on peut mettre un peu de cet héritage classique dans ce genre de film. Et à la place des gens qui se plaindraient ou des réalisateurs qui diraient « non, non, non, on ne veut pas de ça. Nous voulons quelque chose de plus moderne. Nous voulons des pulsations et de l’électronique, etc. ”. Les films de super-héros sont en réalité comme des oasis très agréables où, si vous avez un bagage musical, où vous avez des envies significatives de classique et de symphonique, vous pouvez les utiliser pour donner de grands effets aux films de super-héros parce que ça fonctionne. D’une façon qui ne fonctionnerait pas pour un film comme Syriana. Si vous travaillez sur un film plus contemporain, qui parle de politique et de corruption, peut-être ne voudriez-vous pas d’une bande-originale symphonique, comme si vous écoutiez Richard Strauss. À la fin de Captain America 3, pour la bataille finale, cela fait très opéra. Vous en arrivez à utiliser ces idées symphoniques, de grandiose composition qui, peut-être, n’auraient pas trouvé preneur dans un autre type de film.

    Q : Que pouvez-vous nous dire sur votre collaboration avec Hans Zimmer au début de votre carrière?

    Henry Jackman: Que c’était la meilleure formation que vous pourriez imaginer. Je ne dis rien d’irrespectueux à l’encontre de l’éducation académique. J’ai moi-même eu une incroyable éducation académique. Mais quand vous voulez vraiment être bon dans un domaine, même si c’est être sculpteur, peintre ou compositeur, il n’y a rien de tel que d’avoir l’opportunité d’observer un maître à l’œuvre. Alors le fait que j’ai été suffisamment chanceux pour avoir été dans l’entourage de M. Zimmer quand il assemblait ses compositions, vous ne pouvez pas trouver une meilleure façon d’apprendre. Ce n’était pas que de la musique mais le processus dans son ensemble. Les rencontres et les discussions avec les réalisateurs. Parler avec les producteurs. La logistique. Il y avait tellement de choses à faire, et tellement à apprendre. Composer une bande-originale est un effort si conséquent, il est impossible d’imaginer le nombre de personnes talentueuses qui sont parfaitement douées en musique qui ne pourraient pas travailler sur la composition d’une bande-originale parce qu’elles crouleraient sous le poids de cet effort. L’avoir observé à son plus haut degré a été la meilleure formation possible.

    Q : : Vous avez travaillé avec de très grands réalisateurs comme Matthew Vaughn (plusieurs fois), Paul Greengrass, Anthony et Joe Russo. Quel en a été pour vous le meilleur souvenir ?

    Henry Jackman: Je pense que l’un de ces moments a été ma première rencontre avec Nate Parker. Il n’avait qu’un script et presque rien d’autre. C’était sujet à débat, savoir si cela arriverait un jour et s’il serait pris. C’était sujet à débat, à savoir si nous serions capables de faire la bande-originale que nous espérions. Il y a eu un moment lors du tournage, quand ils eurent finit d’enregistrer l’entrée A Jérusalem, où nous avions quasiment tout ce dont nous avions besoin. J’ai dit : «Nate, au lieu d’aller dans la salle de commande, sortons et jouons ». Parfois, quand vous enregistrez une entrée, vous la divisez en plusieurs morceaux et vous enregistrez différents segments. Alors j’ai poursuivis et je leur ai dit : « Ecoutez les gars, on va jouer le morceau entier », il dure environ 6 minutes, « encore une fois, du début à la fin, on ne s’arrête pas, comme un concert en live, au cas où nous aurions un peu de magie en plus ». Et j’ai dit à Nate: “Allez viens, sortons de la salle de commande, allons dans le hall avec l’orchestre et jouons le comme si c’était un concert ». Il était planté là, l’orchestre a joué et il ne pouvait pas s’arrêter de sangloter. Parce que c’était une sorte de réalisation. Nous étions là, dans les studios de la Fox, avec le meilleur orchestre de toute l’Amérique, tout était à son apogée, avec cette magnifique performance, pour une bande-originale. C’était incontrôlable pour Nate. Il y avait pourtant tellement de chances que cela n’arrive jamais, et pourtant, on y était, la bande-originale était écrite et nous avions le meilleur orchestre. Il a adoré la musique. C’était un moment de grâce où tout ce qu’il espérait se produisait juste devant lui.

    Q : Nous sommes très impatients de découvrir le nouveau film d’Ed Zwick, Jack Reacher : Never Go Back. Que pouvez-vous nous dire de votre travail avec ce réalisateur et que pouvons-nous attendre de cette nouvelle bande-originale?

    Henry Jackman : La première chose à dire c’est que j’étais super excité à l’idée d’être impliqué dans ce projet parce que, dans mon esprit, Ed Zwick est un réalisateur très distingué, avec une connaissance appropriée des tournages. Il n’est pas juste réalisateur. C’est un cinéaste. Il a des références dramatiques légitimes. C’est un écrivain. Il est très intelligent, créatif, c’est une personne d’expérience. Ce qui était intéressant dans le fait que ce soit lui qui réalise Jack Reacher c’est que, comme nous le savons, il s’agit d’une suite et, connaissant le personnage de Jack, on s’attend à ce que ce soit un film d’action, un thriller. Il y aura de la tension. Il y aura de l’espionnage. Au niveau de la musique… Il y aura une certaine quantité du genre qui implique, pour ainsi dire, que la musique ait cette énergie viscérale. Mais ce qu’il y a de génial avec Ed Zwick c’est qu’en plus de ça, il a apporté au film toute une toile émotionnelle qui a de nombreuses conséquences. Cela enrichit le film en tant que film, juste en le regardant. La performance des acteurs… Tom Cruise, que tout le monde connaît, de Top Gun à Mission Impossible, a apporté l’une des plus grosses contributions à l’industrie du film d’action que n’importe quel autre acteur d’Hollywood. Les gens l’oublient, mais il s’agit du même gars qui a tourné dans Né un 4 juillet, Jerry Maguire, Magnolia. Ce type a un sérieux talent dramatique. Et c’est ce qui est intelligent avec ce qu’Ed Zwick a fait… Bien sûr, c’est Jack Reacher, bien sûr, il y a de l’action et des courses-poursuites, et de la tension, il y a le déroulement de cette histoire de corruption et tout le reste. Et, en même temps, il y a cette toile émotionnelle. Elle enrichit véritablement le film. Et cela a aussi un impact sur la musique. Aussi bien de la musique d’action que de tension, et il y a cet élément Afghan à la musique, il y a aussi ce rythme émotionnel. Ce qui veut dire que j’ai dû écrire de la musique poétique à laquelle je n’avais pas nécessairement pensé pour un film de Jack Reacher. Je pense que, quand vous engagez des gens comme Ed Zwick, comme l’a fait le studio, c’est ce que vous obtenez. Vous avez cette profondeur supplémentaire. Elle apparaît à travers le jeu et c’est aussi une invitation au compositeur à atteindre une thématique musicale plus intime.

    Q : Les Nouveaux Héros est mon Disney préféré. Avez-vous un souvenir particulier sur ce film que vous aimeriez partager ?

    Henry Jackman: Je pense que ce qui m’a conquis c’est que c’est un film animé où, culturellement parlant et du point de vue du réalisateur, les gens n’ont pas peur d’un thème approprié. C’est un de ces films qui a réellement besoin d’un thème complètement travaillé d’une manière à ce qu’il ne soit pas applicable à des choses comme Capitaine Phillips. Je pense à la satisfaction… J’ai travaillé un moment, juste au piano, encore et encore, jusqu’à obtenir ce qui, je pense, est le thème parfait. Je pense y avoir passé beaucoup de temps, sans faire de maquette sur l’ordinateur, j’ai vraiment juste travaillé au piano, quand j’ai joué le thème pour la première fois devant le réalisateur et le producteur, j’étais un peu nerveux car j’y avais vraiment passé beaucoup de temps. Et je pense que c’était vraiment le son parfait pour Les Nouveaux Héros. Alors quand je l’ai joué au piano pour la première rencontre, et qu’ils ont tous instantanément su que c’était la bonne façon de faire, c’était énormément satisfaisant.

    Q : C’est grandiose. Quelles sont, selon vous et s’il y en a, les principales différences entre la composition de bande-originale pour des jeux comme Just Cause 3 ou Uncharted 4 et sur la composition de bande-originale pour les films actuels, comme les films hollywoodiens?

    Henry Jackman: C’est intéressant. La différence entre les deux a été massivement réduite. Ce qui est assez drôle, c’est que mon tout premier job rémunéré, à l’âge de 17 ans, ce qui devait être en 1991, a été de faire une musique pour MC Kids, sur Commodore 64. Ce qui impliquait de taper des lignes de code pour produire quelque chose qui ressemblait à "do do dee dee, do do dee dee, do do dee dee." C’était extrêmement primitif. Maintenant, regardez où nous en sommes. Quand vous regardez les jeux vidéo d’aujourd’hui, il y a du budget. Ils engagent des compositeurs renommés. Vous pouvez enregistrer avec un orchestre. Ce n’est pas si différent, en terme d’approche, de faire de la musique pour des jeux vidéo. Nous sommes loin des bips et des petits sons parce que la technologie a beaucoup avancé, c’est maintenant assez similaire, à cet égard. Le fossé entre les films et les jeux vidéo s’est énormément réduit ces 20, 30 dernières années. La seule chose qui reste fondamentalement différente est qu’en cas de besoin, lorsque vous travaillez sur un film, tout est à l’image. Quand vous regardez un film, c’est le même film à chaque fois que vous le regardez. Quand vous écrivez une musique pour un jeu vidéo, ce qui est évident avec un jeu vidéo, c’est que ce n’est pas la même chronologie. Parce que c’est une technologie différente. Les gens interagissent avec le jeu. Vous n’avez pas deux fois le même résultat. Donc vous n’écrivez pas vraiment l’image. Certaines des choses très spécifiques que l’on fait dans la musique de film, frappant certaines coupes, poussant ou tirant dramatiquement, c’est ce que l’on fait dans le film. Vous ne pouvez pas vraiment faire les choses de cette manière dans un jeu vidéo parce que très souvent,  C’est un morceau global pour une scène. La technologie est maintenant assez puissante pour que vous puissiez écrire d’une façon modulable et avoir une version plus ou moins intense. La technologie est assez intelligente pour croiser en fondu les différentes versions d’un même morceau. Mais quand vous n’écrivez pas… Il y a certaines parties du jeu vidéo qui doivent en fait être à l’image, comme les cinématiques. Le jeu principal n‘est pas le même que les missions annexes, parce que c’est plus général.

    Q : Quel est votre moment préféré lors du processus de composition d’une bande-originale?

    Henry Jackman: Je pense que c’est la collaboration. Parce que même si vous êtes la personne la plus créative possible… Les gens me demandent souvent : “comment faites-vous pour faire des choses si différentes pour des films si différents ? ». Comme si j’étais responsable de toutes ces idées. Ce qui arrive, bien sûr, c’est qu’à chaque fois que vous rejoignez un film, vous rejoignez une équipe. Une équipe. Quelqu’un a écrit une histoire. Quelqu’un a filmé. Quelqu’un réalise un film. Quelqu’un lui a donné un style. Chaque fois que vous rejoignez une équipe créative, vous rejoignez un créatif esthétique, qui a déjà commencé à être créé. Il a un style. Il a un sentiment. Une des raisons pour lesquels quelqu’un peut faire autant de choses différentes c’est parce que c’est comme s’il avait visité 15 pays différents. Le Japon est complètement différent de l’Afrique Sub-saharienne. Et l’Antarctique est complètement différent du Japon. C’est comme si vous preniez le pli… Vous serez différent en Antarctique de celui que vous étiez au Chili. Je pense que si vous vous contentez d’écrire de la musique en solo, sans collaboration, même si vous êtes incroyablement créatif et que vous êtes continuellement stimulé en écoutant diverses choses et en vous exposant à différents matériaux ; je ne pense pas que vous soyez aussi diversifié que lorsque vous travaillez en collaboration. Parce qu’en travaillant… Si vous travaillez sur un film qui se déroule en Virginie au 19ème siècle, comme The Birth of A Nation, et qu’avant vous travaillez sur Les Nouveaux Héros, qui a à cœur une animation Disney légèrement influencé par le Japon, et qu’ensuite, je ne sais pas… Pensez à… Il y a tellement de mondes différents. Et il y a d’autres personnes responsables pour créer ce monde. On peut toujours finir plus diversifié et plus créatif, je pense, parce qu’on est toujours en train de se frotter et de se cogner à des idées nouvelles et à différentes visions.

    Q : Que pouvez-vous nous dire de votre collaboration avec Jordan Vogt-Roberts, le réalisateur de Kong: Skull Island? Nous avons évidemment découvert le premier trailer lors du ComiCon et il fait partie des films les plus attendus de 2017.

    Henry Jackman : je ne peux pas beaucoup en parler, mais ce qui est fantastique avec le fait que Legendary l’ait embauché pour ce Kong, c’est que ce film comporte tout ce que l’on s’attend à voir. Vous connaissez l’héritage de l’histoire de cet animal très connu de Hollywood. Mais il apporte quelque chose de vraiment original, parce que l’action se situe dans les années 70. Je vous dirai qu’il faut imaginer King Kong avec un peu d’Apocalypse Now, un peu de Sa Majesté des Mouches et mixer tout cela ensemble.

    Q : Voici notre dernière question: quel conseil donneriez-vous à un aspirant compositeur?

    Henry Jackman: Ce qui est amusant, c’est que je suis certain que les gens qui posent cette question espèrent avoir une réponse liée à la composition elle-même, à la musicalité et à l’orchestration, et ainsi de suite. Ce qui est assez amusant c’est que je dirai que c’est un don. Il n’y a aucun intérêt à faire de la musique de film si vous n’avez pas déjà un talent d’écriture en musique. C’est évidemment un fait connu. Le meilleur conseil que je pourrai donner sont les choses auxquelles vous ne penseriez pas. Qui n’ont en fait rien à voir avec la musique. Je dirais qu’en plus de toutes les choses évidentes dont vous avez besoin pour être un compositeur de musique de film, celles auxquelles vous penseriez le moins sont d’incroyables qualités d’endurance et de persévérance. Deuxièmement, je dirais que la principale différence entre les compositeurs qui collaborent en bonne intelligence avec les réalisateurs et qui finissent par être utiles au processus, qu’ils soient capables de composer une musique qui améliore véritablement le film, cette extraordinaire qualité n’est pas toujours musicale. C’est ce que j’étais en train de dire. C’est comme une critique littéraire. Parce que vous pouvez écrire une musique fantastique mais qui n’est pas utile au film, parce que vous n’avez pas vraiment compris pourquoi vous écrivez cette musique ni dans quel but. Une des exigences sous-représentées pour pouvoir être compositeur de musique de film est une certaine analyse. Quand vous lisez un script ou que vous regardez un extrait pour la première fois, avant même de penser à la musique, vous devez penser à ce dont le film a besoin et ce que cela concerne. Et ce qu’il se passe, thématiquement parlant. Ce qui est une sorte de compétence en analyse littéraire. Je suis sûr qu’il y a des gens qui veulent faire de la musique qui ont le cou jusque dans leurs études mais ils ne devraient pas exclure de suivre un cours de littérature anglaise. Si vous êtes dans un environnement où vous êtes habitué à analyser des pièces de théâtre, des romans, des histoires, voilà l’ingrédient secret. Parce que, quand vous apportez votre musique à l’histoire, vous avez une compréhension mécanique sur la façon dont il faut découper un travail spectaculaire pour comprendre ce qui est exigé.

    Nous remercions sincèrement Henry Jackman pour avoir répondu à nos questions.

    Un très grand merci à Andrew P. Alderete, cette interview est pour moi un rêve devenu réalité

    Traduction: Earina