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Homme qui tua Liberty Valance (L') | Note générale: 5
Homme qui tua Liberty Valance (L')

Homme qui tua Liberty Valance (L')

Le vieux sénateur Ransom Stoddard et sa femme Hallie reviennent dans la petite ville de Shinbone pour un enterrement. Intrigué par la présence de cet homme célèbre dans la bourgade émergente, le rédacteur en chef du journal local l'interroge sur la raison de sa venue. Stoddard lui raconte alors sa première aventure dans l'Ouest, l'incursion d'un homme de droit et pacifiste dans un pays violent, sous la botte de l'impitoyable Liberty Valance.
Note générale
5
Sortie: 1962-10-03 | Durée: 120 minutes
Réalisateur: John Ford
Genre: Western

Critique de Tootpadu

Les films de John Ford respirent toujours une très grande humanité, ainsi qu'une façon à la fois traditionnelle et détendue de raconter qui en font, avec les oeuvres tout aussi chaleureux de Jean Renoir, des exemples parfaits d'une narration engagée. Car la nostalgie d'une société attachée aux valeurs les plus élémentaires dépasse largement la simple histoire afin de devenir partie intégrante de la mise en scène. Nullement un moralisateur archaïque, Ford se dresse au contraire comme un observateur lucide de la condition humaine et des maux de la société américaine. C'est parce qu'il aime tellement son pays qu'il ne peut pas ignorer ses défauts, qu'il se refuse d'omettre ses qualités.
Parmi les plus de cinquante films parlants qu'il a réalisés, même les plus médiocres gardent un peu de la finesse du style fordien, alors que ses oeuvres les plus accomplies se situent indiscutablement dans le panthéon du Septième art. Nous pensons évidemment aux Raisins de la colère, mais son dernier grand western, un conte d'une clairvoyance unique à partir d'une nouvelle assez triviale, figure également dans le cercle très fermé des films parfaits. Il n'y a en effet rien à redire contre cette histoire aussi nostalgique qu'ironique.
Ford y dépouille fort adroitement les bases de la légende, en s'attaquant simultanément à celle de l'Ouest et celle, encore plus complexe, de la civilisation, tributaire d'une politique incroyablement tortueuse. Le refus de la facilité dépasse d'ailleurs l'agencement de l'intrigue et la simple description d'un monde en pleine transformation. Ainsi, tous les personnages, sans exception, sont d'une richesse inhabituelle, d'une vérité qui se manifeste surtout dans leur imprévisibilité, leur penchant à faire des choses qui sortent du canon de l'héroïsme fictif. Ces caractéristiques traitres ne s'arrêtent pas à la véritable identité du personnage titre, mais elles soulignent une ambivalence inquiétante dans chaque action et chaque parole. Le représentant des grands fermiers n'a-t-il pas raison lorsqu'il accuse Stoddard d'être un homme fourbe et un assassin ? Et la violence aveugle de Valance est-elle plus méprisable que l'arrogance bien intentionnée de Stoddard ? En tout cas, dans cette jungle entre la violence brute et larvée, entre les impératifs de l'argent et du progrès, c'est le brave type interpreté par John Wayne qui s'en sort le plus mal. Le commentaire de Ford gagne alors une énième couche de subtilité, lorsqu'il contemple la fin d'un homme dont le plus grand bénéficiaire ne prend même pas le temps d'assister aux funérailles. L'Amérique c'est aussi cela, si l'on veut bien croire un de ses cinéastes les plus accomplis : la victoire éternelle du paraître sur l'être.

Revu le 18 août 2005, au Reflet Médicis, Salle 2, en VO

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