Angel
Dans la petite ville anglaise de Norley, la jeune Angel Deverell rêve d'une vie meilleure. Une vie comme dans la demeure fastueuse de Paradise, loin du petit appartement terne qu'elle occupe avec sa mère au-dessus de l'épicerie familiale. Le moyen pour y arriver, ce serait le talent d'écrivain d'Angel, un don dont elle seule est persuadée. Jusqu'au jour où l'éditeur Théo Gilbright propose de publier son premier roman à l'eau de rose, un genre en vogue à ce moment-là. Commence alors une vie de succès, gloire et amour, qui menera la jeune femme encore plus loin de la réalité.
Critique de Tootpadu
Pour son premier film en anglais, François Ozon revient à l'artifice qui avait déjà encadré, tant bien que mal, les chansonnettes de
8 femmes. Ce parti pris est assumé dès le début, avec une bande originale particulièrement enveloppante et chargée en émotions. Et il est maintenu tout au long des revirements hautement mélodramatiques de l'histoire, surtout lors des balades en carosse et de la scène extrêmement sucrée qui a fourni la photo de l'affiche française. La rupture avec le style épuré et le ton morne qui avaient caractérisé les films précédents du réalisateur, placent ce dernier curieusement du côté d'un Steven Soderbergh, qui avait également tenté de rendre hommage à un genre désuet dans son film récent,
The Good German.
Toutefois, la démarche de François Ozon s'avère plus triviale et moins séduisante. Comme pour rendre l'état d'esprit de sa héroïne plus accessible, il façonne son film à l'image de ce personnage, qu'il rapproche justement d'une Scarlett O'Hara capricieuse et égoïste. En dehors de cette référence majeure, d'autres rapprochements peuvent se faire avec une panoplie de classiques de la grande époque des mélodrames, du Hollywood des années 1930 et '40. L'ancrage formel dans l'histoire du cinéma ne rend pas pour autant le film et ses enjeux plus vifs, au contraire. A chaque miette de souvenir qui tombe au détour du détail d'une séquence, on aimerait plutôt engloutir le gâteau original, qu'il se nomme
Eve ou
Citizen Kane, au lieu de rester en présence de ce film trop précieux et trop en phase avec le monde imaginaire d'Angel. Car les quelques observations sur le métier d'artiste sonnent un peu faux dans le contexte d'un film qui célèbre jusqu'à l'excès la victoire impossible du paraître sur l'être.
Enfin, l'interprétation n'est pas sans charme, notamment de la part de la jeune Romola Garai, qui pratique son jeu quelque part entre les maniérismes d'une Vivien Leigh et l'intensité et l'intonation d'une Cate Blanchett. Quant à Charlotte Rampling, toujours aussi fidèle à François Ozon, elle fait figure de mise en perspective du parcours d'Angel, avec le charme malicieux qu'on lui connaît. D'une certaine façon, ses rares interventions remplissent la fonction d'une voix off qui est heureusement absente du film.
Vu le 5 mars 2007, au Planet Hollywood Champs-Elysées, en VO