Six degrés de séparation
Le riche marchand de tableaux Flan Kittredge et sa femme Ouisa sont sur le point de quitter leur appartement luxueux à New York, avec Geoffrey Miller, un ami intéressé dans la vente d'un Cézanne, lorsqu'un jeune homme, Paul, légèrement blessé est emmené à leur porte. Ce dernier dit connaître les enfants des Kittredge et avoir été agréssé dans Central Park. Pour les remercier de leur accueil, il prépare un dîner succulent aux Kittredge et à Miller, au cours duquel il les divertit avec des histoires sur son père, l'acteur Sidney Poitier. Conquis par le charme et la culture de Paul, les Kittredge l'invitent à rester la nuit, le temps d'attendre l'arrivée de son père le lendemain. Cette invitation et ses conséquences les préoccuperont, eux et le cercle de leurs amis, pendant longtemps.
Critique de Tootpadu
Difficile de faire plus sophistiqué que cette adaptation magistrale de la pièce de théâtre de John Guare. L'intrigue sur un jeune imposteur et son impact sur la vie d'un couple de la haute société de New York joue sur tant de tableaux à la fois qu'il est impossible d'en saisir toutes les implications après une seule vision. Elle étudie simultanément l'environnement social aisé des Kittredge, pour qui cette affaire n'est qu'un prétexte de plus en plus encombrant pour attirer l'attention à eux au cours de leurs rendez-vous mondains, et l'aspiration trompeuse de Paul d'y accéder ne serait-ce que le temps d'une soirée intellectuellement et humainement stimulante. Tout en procédant à cette mise en abîme de notre hiérarchie sociale, le scénario aux répliques finement ciselées s'interroge sur l'éternel thème de l'être et du paraître, ainsi que sur la volonté insensée qu'il faut pour passer de l'un à l'autre, dans les deux sens.
Car si Paul ne rêve que de dépasser sa modeste condition d'homme afro-américain, gay et pauvrement instruit, de l'autre côté, Ouisa commence à comprendre qu'elle peut et, plus dramatiquement, qu'elle aurait pu tirer de cette soirée charmante davantage qu'un sujet de conversation répétitif. Dans cette mécanique narrative qui relève avant tout du jeu, pervers en dépit de son apparence soignée, les autres personnages prennent le rôle d'un public de moins en moins amusé et superficiellement impliqué dans cette supercherie de luxe. L'intérêt de Flan bascule progressivement de la joie d'avoir conclu une affaire profitable à l'agacement de devenir la cible de calomnies infondées. Et qui sait, peut-être cette mentalité de joueur sans conscience va lui coûter sa femme, sinon au moins l'affection de celle-ci.
Le peu qu'on connaît de la filmographie de Fred Schepisi est largement inférieur à ce chef-d'oeuvre passionnant. Il orchestre tellement bien les différents éléments de la narration ici - notamment le montage qui juxtapose adroitement plusieurs niveaux temporels - qu'on se demande pourquoi ses autres films sont si médiocres.
Stockard Channing et Will Smith livrent des tours de force tout en finesse ici, servis merveilleusement par un scénario dont le caractère bavard est aisément sublimé par une mélancolie et une intelligence peu communes dans le cinéma, peu importe l'époque ou l'origine !
Revu le 5 octobre 2007, en DVD, en VO
Revu le 5 octobre 2007, en DVD, en VO
Revu le 20 mars 2008, en DVD, en VO
Revu le 24 juillet 2008, en DVD, en VO
Revu le 13 mai 2009, en DVD, en VO
Revu le 1er juin 2011, en DVD, en VO
Revu le 1er juin 2011, en DVD, en VO