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Train de nuit | Note générale: 3
Train de nuit

Train de nuit

Chaque week-end, Wu Hongyang se rend en train au thé dansant d'une agence matrimoniale. Elle y rencontre la plupart du temps des hommes qui abusent d'elle, sexuellement ou financièrement. Cela change lorsqu'elle croise Li Jun, un homme taciturne et mystérieux. Wu Hongyang ignore cependant que son prétendant ne cherche nullement une épouse, voire qu'il ne fait même pas partie du fichier de célibataires éligibles de l'agence. Il la suit simplement à cause de son travail de huissier de justice, dans lequel elle s'occupe des détenues en attente d'exécution. Une des prisonnières qu'elle accompagnait vers la décapitation était la femme de Li Jun.
Note générale
3
Sortie: 2008-01-23 | Durée: 95 minutes
Réalisateur: Diao Yi Nan
Genre: Drame

Critique de Tootpadu

La beauté plastique de ce film chinois est en contradiction totale avec son histoire sombre et désespérante. De ce conflit naît néanmoins une oeuvre fascinante, qui exprime la volonté du réalisateur mille fois mieux par des plans finement composés, que par des bribes d'action minimalistes.
Ce n'est pas par hasard que Jia Zhang Ke figure dans les remerciements à la fin du générique. En effet, le vocabulaire esthétique de Diao Yi Nan s'apparente sensiblement à l'expression magistrale du réalisateur de The World. Comme celui-ci, Diao Yi Nan s'attache à la composition de l'espace filmique et à la place que ses personnages y occupent, au lieu d'étaler longuement leur bagage psychologique et social dans des répliques redondantes. L'art de ce courant du cinéma chinois consiste avant tout à réinventer le regard sur la ville, à fouiller dans son potentiel d'images illimité pour placer la caméra aussi longtemps qu'il faut à l'endroit qui sert le mieux l'ambition narrative recherchée du film. Sa démarche fondamentalment cinématographique ne relève ni de l'austérité sociale et visuelle, puisque sa forme fait constamment appel aux perspectives peu conventionnelles mais concluantes entre elles, ni du récit édifiant et consensuel, faute de trame élaborée qui répondrait aux exigences dramatiques élémentaires.
Ainsi, l'action suit exclusivement une logique subjective, qui ne s'arrête pas devant des actes de soumission, peut-être encore plus gratifiants pour le personnage principal que son existence terne et déprimante. Le cadre dans lequel la mise en scène fait évoluer cette histoire sans salut possible la sublime cependant d'une manière presque galvanisante. Car le style de Diao Yi Nan, avec son obsession des pieds et des mains, et sa confiance inébranlable en la suprématie de l'image par rapport à la parole, nous laisse en fin de compte avec un film triste et très beau.

Vu le 20 décembre 2007, au Club Marbeuf, en VO

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