Garage
Josie, un homme simple, solitaire et innocent, s'occupe depuis des années d'une station-service modeste dans une petite ville paumée au fin fond de l'Irlande. Pas grand-chose se passe pendant ses journées de travail, rythmées par ses marches à travers la campagne pour atténuer ses problèmes de hanche, ses visites à l'épicerie du village pour voir la vendeuse Carmel, et les bavardages avec les clients. Et le soir, Josie fait un tour au pub du coin, où il se fait régulièrement railler par les autres habitués, qui le prennent pour un simple d'esprit. Un jour, le gérant du garage décide d'élargir les heures d'ouverture et il embauche alors le jeune David, un adolescent qui vient d'emménager dans la comune, pour donner un coup de main à Josie.
Critique de Tootpadu
Un être simple et pur se fait broyer par une société hostile, tel est le sujet de ce deuxième film du réalisateur irlandais Lenny Abrahamson. On pourrait y voir également un constat amer sur les ravages de la solitude et le chemin à sens unique vers une vie sociale atrophiée, à laquelle les moindres changements de la routine quotidienne font subir un choc presque fatal. Avant de prendre le virage vers sa conclusion lugubre,
Garage n'est cependant pas dépourvu de moments presque comiques.
La manière d'être de Josie doit au moins faire un peu sourire, tellement sa bonhomie naïve représente un optimisme tranquille et une résignation pacifiste sans trop de frustrations apparentes, que nous n'avons pas l'habitude de voir valorisées de la sorte au cinéma. Le doute plane en effet sur la lucidité réelle du personnage principal, qui, loin d'être bête, cacherait peut-être juste une timidité excessive et une pensée fortement introvertie derrière sa façade d'homme fruste et affable. Une chose est sûre cependant : que Josie dispose d'une sensibilité accrue, qui se traduit la plupart du temps par une douceur molle, avant de s'écrouler lorsque les piliers d'une existence frugale lui sont retirés, à cause d'une incompatibilité de moeurs avec le seul individu qui a osé entrer en contact avec lui, en tant qu'ami et non pas en tant que faire-valoir. Que Josie n'ait pas su s'engager dans cette relation amicale avec un minimum de finesse et de capacité d'écoute adaptée à son interlocuteur, c'est sans doute là le drame véritable de cet homme solitaire, à la béatitude ambiguë.
La mise en scène de Lenny Abrahamson s'adapte parfaitement au tempérament posé de son protagoniste. Elle décrit sans pompe inutile le quotidien passablement morose de Josie, la banalité de ses rencontres et de ses ambitions vitales. La narration s'avère par contre suffisamment elaborée, notamment en jouant sur des ellipses fort parlantes, pour esquiver la moindre apparition d'ennui. Car même si son personnage est loin d'être glorieux ou exceptionnel, Pat Shortt l'interprète avec une humanité tout à fait attachante.
Vu le 7 janvier 2008, à la Salle MK2, en VO