Telepolis
Les habitants d'une mégapole ont tous été privés de leur voix. Tous sauf une, qui enchante ses auditeurs avec son émission, dans un monde régi par la télévision. Pour accroître encore son pouvoir, le patron de la chaîne de télé unique, Monsieur Télé, expérimente une machine censé hypnotiser les masses, grâce à l'image et la voix de la chanteuse. Le père de la jeune Anna, divorcé et tout juste licencié parce qu'il a laissé s'envoler un des hommes-balons publicitaires de la chaîne, apprend par hasard ce plan machiavélique et espère le contrer avec l'aide du fils de la chanteuse, un garçon sans yeux, mais lui aussi doté d'une voix, à l'insu de Monsieur Télé.
Critique de Tootpadu
L'enchantement est immédiat dans ce deuxième film du réalisateur argentin Esteban Sapir. Ce dernier y rend un hommage des plus authentiques et des plus artistiquement et visuellement stimulants à l'esthétique du cinéma muet. Sa réussite plastique surpasse même les tentatives récentes semblables de Guy Maddin (
The Saddest Music in the World) et de Tim Burton (
Sweeney Todd) !
Esteban Sapir procède en effet à un travail prodigieux sur l'image. Bien plus que le noir & blanc stylisé, ce sont les trouvailles visuelles et les dispositifs variés pour transmettre la parole, sans avoir recours au son, qui nous enthousiasment. Les différentes focales, les ouvertures et fermetures du champ, les ombres chinoises et le passage saccadé au négatif de la pellicule ne constituent que les éléments les plus apparents d'une forme, dont la richesse visuelle est simplement hallucinante. La mise en scène s'approprie les codes d'expression du cinéma muet dans sa période la plus inventive avec une aisance qui laisse bouche bée. Et elle sait les intégrer suffisamment dans l'intrigue, pour en faire plus qu'un gadget clinquant et sans rapport réel avec l'histoire qu'ils colportent.
Toutefois, l'intrigue et ses implications idéologiques sont un peu trop minces pour mériter une telle bravoure plastique. Les personnages sans profondeur et le complot arbitraire s'avèrent ainsi trop faiblards pour sublimer les belles images au delà de leur apparence immédiate. Ils disposent d'assez de consistance pour ne pas abaisser le film au niveau d'un clip superficiel, mais il leur manque l'envergure universelle, qui démarque jusqu'à nos jours un chef-d'oeuvre comme le
Métropolis de Fritz Lang.
Vu le 17 janvier 2008, au Club Marbeuf, en VO