Mon Führer
A quelques jours de son discours pour le nouvel an 1945, qui doit absolument remonter le moral du peuple allemand, exténué par les bombardements des forces alliées, Adolf Hitler est en proie à de graves craintes existentielles. Afin de rendre l'intensité féroce à la voix du dictateur dépressif, son ministre de la propagande Joseph Goebbels met en oeuvre un plan astucieux : il fait venir l'acteur juif célèbre Adolf Grünbaum du camp d'extermination de Sachsenhausen, pour donner des cours de diction au Fûhrer. Selon les calculs de Goebbels, la haine de Hitler envers les Juifs le fera réagir et rétablira sa colère légendaire. Mais il n'avait pas compté avec les tactiques coriaces de Grünbaum, qui compte bien exploiter cette situation embarrassante à son avantage.
Critique de Tootpadu
Est-ce qu'on peut rire d'Adolf Hitler, le Mal personnifié, le fou qui a précipité la Terre dans la Seconde Guerre mondiale et qui est responsable de l'assassinat de plusieurs millions de Juifs européens ? La réponse est évidemment oui, d'abord parce que cela s'est déjà fait dans le passé, par Lubitsch, Chaplin et Jerry Lewis, et puis, parce qu'en tournant cette époque très sombre en dérision, il est possible d'en tirer des conclusions inouïes, en rupture avec la posture officielle, solennelle et pieuse.
L'approche de ce film allemand fait ainsi preuve d'un humour caustique assez marqué, sans pour autant négliger l'absurdité du projet et du personnage de Hitler lui-même. On n'est pas vraiment ici face à un anti-
La Chute, mais plutôt en présence d'une leçon d'Histoire à la fois imaginaire et pertinente. Les agissements bas avant la chute finale y prennent une tournure risible, justement parce qu'aucun des personnages n'agit en fonction de la gravité historique du moment, mais au contraire, par instinct de survie et à partir de calculs et de névroses foncièrement individuels.
Le trait y est bien entendu caricatural, et le profil psychologique du tueur moustachu est volontairement simpliste. Mais la dimension humaine de l'affaire n'est jamais perdu de vue. Il s'opère alors un équilibre plutôt réussi entre les incongruités comiques, la narration sagement classique et le sérieux que commande malgré tout la figure historique de Hitler. Dani Levy a en plus le bon goût de seulement citer les meilleurs exemples en la matière, comme le
Jeu dangereux d'Ernst Lubitsch et
Le Dictateur de Charles Chaplin, tout en se passant aisément des pitreries d'un Jerry Lewis (
Ya, Ya, mon général !) ou d'un Roberto Benigni (
La Vie est belle).
Vu le 30 janvier 2008, au Club Publicis, en VO