Capitaine Achab
La vie du Capitaine Achab, le légendaire chasseur de balaines du XIXème siècle, qui était hanté par une femelle blanche, Moby Dick. Son enfance chez son père à la campagne et chez sa tante Rose en ville. Sa fugue à bord d'une barque qui l'a emmené jusqu'au père Mulligan. Sa convalescence chez la blanchisseuse Anna, après sa première rencontre avec Moby Dick. Et enfin, sa dernière expédition pour la chasser, à bord du "Pequod".
Critique de Tootpadu
S'attaquer au
Moby Dick de John Huston serait une entreprise aussi folle et impossible que ne l'a été, pour commencer, l'adaptation de l'oeuvre de Herman Melville dans le cadre d'une production hollywoodienne des années 1950. Le chemin emprunté par Philippe Ramos peut paraître d'emblée plus modeste, mais son portrait d'un homme énigmatique n'est pas moins saisissant pour autant.
Le style épuré du film fait plus penser au dernier Rohmer (
Les Amours d'Astrée et de Céladon) qu'à l'envergure spectaculaire du film de Huston. Ramos se refuse même à l'attrait de l'action, au point de montrer la chasse à la balaine à travers des extraits d'un film très ancien. La tension qui se manifeste pendant son film est tout autre. Dès le premier plan, un sexe de femme dénudé, ce qui est, admettons-le, une façon très particulière et inattendue de commencer un récit d'époque prétendument poussiéreux, la narration vise l'essence des choses, leur beauté plastique propre en même temps que leur participation à la création d'un personnage intrinsèquement fictif. En quelque sorte, Achab reste invariablement à l'extérieur des choses. Il chasse des chimères, d'abord Louise et ensuite Moby Dick, tout en restant impénétrable envers les personnes qui tiennent à lui.
Le fil conducteur à travers les cinq chapitres du film pourrait effectivement être cette incapacité d'exister dans l'instant présent : la volonté fiévreuse d'Achab d'obéir ni à son père, ni à sa tante, et encore moins au mari péteux de celle-ci, de décevoir par simple aveuglement les espoirs que ses compagnons passagers, Mulligan et Anna, ont placé en lui. Curieusement, le récit ne se ressent pas tant que ça de ce mouvement de fuite permanent. Il s'en dégage plutôt une beauté poétique et une sérénité bucolique, nées du destin d'un homme dont la tourmente intérieure s'articule le plus clairement par le biais de son renfermement borné.
Vu le 31 janvier 2008, au Publicis Cinémas, Salle 2