Mad Detective
L'inspecteur Bun pratique des méthodes d'investigation peu orthodoxes. Capable de discerner les traits de personnalité et les motivations cachés des individus, il arrive à résoudre les affaires les plus obscures. Mais ce don l'a poussé également vers la folie et, après un acte de démence, il a été démis de ses fonctions. Quelque temps après, le jeune inspecteur Ho, un ancien stagiaire de Bun, piétine sur la disparition d'un policier. Alors qu'on est sans nouvelles du disparu depuis dix-huit mois, son arme de service a été utilisée dans plusieurs braquages sanglants. Ho se tourne vers Bun pour avoir un indice dans cette affaire peu claire, qui implique Ko Chi-Wai, le partenaire du disparu, qui est le dernier à l'avoir vu, lors de la poursuite d'un voleur indien dans une forêt épaisse.
Critique de Tootpadu
Johnnie To confirme une fois de plus son statut de maître du polar asiatique, lors de cette co-réalisation avec son collaborateur ancien Wai Ka-Fai. Son style musclé y explore le travail de la police, sans excès de héroïsme ou manichéisme hâtif. Mais cette énième incursion dans le milieu policier se démarque surtout par son approche particulière des troubles psychologiques.
Il existe en effet une tension palpable entre l'aspect visuel, à la photographie admirablement contrastée et aux effets de lumière agressifs, et l'enjeu principal du scénario : le don fantastique de Bun de voir l'état mental de ses interlocuteurs. Le dispositif adopté pour traduire cette faculté peut dérouter au début, et ne subit pas la moindre évolution par la suite. Mais il constitue en fin de compte une manière accessible et simple d'évoquer la personnalité réelle de l'être intérieur. Certes, sa valeur psychologique n'est pas vraiment marquée par la finesse et la complexité, en réduisant par exemple le suspect principal à sept consciences distinctes, dont l'interaction s'avère plutôt limitée. En quelque sorte, c'est le principe de
Sixième sens de M. Night Shyamalan porté à son paroxisme, sans le sublimer au delà du niveau d'un gadget narratif efficace.
La solidité du travail de Johnnie To se manifeste par contre justement dans cette incapacité de dynamiser les règles du genre. Le réalisateur hong kongais s'inscrit plutôt dans la lignée des artisans honnêtes, capables de faire passer même les intrigues les plus improbables, comme celle-ci, grâce à une exécution soignée et rythmée. Le dernier plan du film en est le parfait exemple, puisqu'il rappelle les motifs voyants du film (les éclats de glace qui jonchent le sol) et qu'il désigne clairement le dilemme de sa conclusion, sans pour autant lui attribuer une forme cinématographique brillante.
Vu le 4 février 2008, au Club 13, en VO