Dead Girl (The)
Une jeune fille est trouvé morte, sauvagement assassinée. Cette disparition aura un impact sur différentes personnes, qui avaient un lien plus ou moins direct avec la défunte : la femme qui l'a découverte, le médecin légiste qui la prépare pour l'autopsie et qui croit y reconnaître sa propre soeur, disparue quinze ans plus tôt, l'épouse de l'homme qui l'a tuée, et sa mère qui se rend compte de ses manquements.
Critique de Tootpadu
Les interprétations mémorables se succèdent à un rythme soutenu dans ce lauréat du Grand Prix du Festival de Deauville l'année passée, qui avait connu une distribution honteusement confidentielle aux Etats-Unis. La forme orchestrale et la succession des épisodes rappellent pas trop favorablement le trait forcé de
Collision de Paul Haggis. Mais l'emploi à répétition du dispositif narratif, qui consiste en une mise en question de la vie de chacune des quatre protagonistes, est heureusement supplanté par l'intensité avec laquelle les actrices abordent leurs rôles emblématiques.
Le premier épisode fonctionne comme une continuation inquiétante des rapports de force et de dépendance dans
Carrie de Brian De Palma. Qu'est-ce qui se serait passé, si la jeune fille apeurée n'avait pas fait flamber sa haine et anéanti tout son entourage ? Elle se ferait sans doute toujours martyriser par sa mère tyrannique, interprétée toujours ici par l'excellente Piper Laurie. Le jeu chétif de Toni Colette est peut-être un peu trop maniéré, tout comme celui de son prétendant passionné par les tueurs en série Giovanni Ribisi, mais l'entrée en la matière aurait pu s'avérer bien moins intense.
La deuxième partie du film pourrait être la moins réussie, avec la dernière, qui remet simplement tout ce qui a précédé en perspective à travers un long retour en arrière. La cause de ce semi-échec se trouve du côté de la première apparition de thèmes de plus en plus récurrents. En somme, chacune des femmes, jeunes et plus âgées, stagne dans une morbidité existentielle, de laquelle le cadavre peut éventuellement les arracher. Le réveil est illusoire ici, même si le dilemme dans lequel se trouve la soeur de Jenny ne manque pas de complexité et de culpabilité sous-jacente. Elle aimerait tant que le chapitre de la quête de sa soeur enlevée soit clos, coûte que coûte. Mais elle doit aussi se rendre compte, qu'elle n'arrive plus à se construire une identité en dehors de ce fait divers traumatisant. D'où son appel à l'aide final, un peu trop consensuel à notre goût, vers le toujours aussi impeccable James Franco.
Le plat de résistance se situe logiquement au coeur du film, avec une Mary Beth Hurt à l'ambiguïté bestiale magnifique ! Son rôle de l'épouse ingrate subit la trajectoire la plus moralement discutable de toute l'histoire. Ses choix ne répondent pas au besoin de s'affranchir des contraintes. Ils n'aspirent pas à la guérison d'un trauma psychologique indélébile. Et ils ne visent pas non plus à rattraper valeureusement les fautes d'antan. Non, cette Ruth acariâtre tente simplement, d'une façon assez fourbe, de préserver un statu quo misérable. On peut uniquement deviner ses motivations, mais l'interprétation féroce de Mary Beth Hurt rend ses querelles internes tout à fait passionnantes.
Marcia Gay Harden ajoute une autre corde à sa gamme d'interprétations déjà fort remarquable, avec l'avant-dernier épisode du film. Epaulée par une Kerry Washington méconnaissable, elle apporte un peu de dignité à cette histoire trop sucrée, d'une mère qui cherche à rattraper le temps irrémédiablement perdu avec sa fille. Le point de vue féminin est une fois de plus très présent ici, en guise de fil rouge qui rassemble ces destins divers, déclenchés par un crime barbare.
Vu le 14 février 2008, au Club Marbeuf, en VO