Bulworth
En 1996, la campagne présidentielle n'enthousiasme guère les foules. Alors que le Bill Clinton est déjà assuré de sa réélection, le sénateur démocrate de la Californie Jay Bulworth se rend dans son état pour récolter des fonds, afin de briguer également un autre mandat. Profondément dépressif, le sénateur n'a ni mangé, ni dormi depuis plusieurs jours, et il compte bien quitter ce monde précipitemment, en engageant un tueur pour le descendre au cours de ce week-end de campagne. Puisqu'il considère qu'il n'a plus rien à perdre, le politicien quitte le chemin balisé des discours préparés par ses conseillers et commence à dire ce qu'il pense réellement de son travail et de ses électeurs. Cette stratégie inorthodoxe prend tout le monde de court, au point de faire de Bulworth une attraction médiatique. Tout à coup heureux d'être en vie, le sénateur veut annuler le contrat sur sa tête, sauf qu'il n'arrive pas à joindre le tueur à gages.
Critique de Tootpadu
Le terme "politiquement correct" n'a jamais été aussi populaire et appliqué dans le langage et l'expression sociale que dans les années 1990. Pour le meilleur et le pire, les années Bill Clinton personnifiaient cet empressement de communiquer d'une façon extrêmement tolérante et prévenante envers les minorités et les acquis culturels intouchables, quitte à faire de l'hypocrisie une science et une pratique largement acceptée. Que dans un tel climat de bienveillance consensuelle un film aussi insolent que
Bulworth ait pu voir le jour, n'est que la première de ses nombreuses prouesses !
Warren Beatty, l'éternel politicien amateur libéral et artiste paresseux de Hollywood, nous pond avec son quatrième film, en tant que réalisateur, une perle d'une force polémique et d'un humour noir pratiquement incomparables. Son récit effréné d'un politicien fatigué du pouvoir et de la vie ne s'arrête pas un instant pour dénoncer les abus d'un système gouverné par l'argent et pour rappeler, avec beaucoup d'ironie, l'absurdité de la vie en général. Entendre des tirades littéralement folles sortir de la bouche d'une des figures de proue du cinéma hollywoodien est une expérience hautement jouissive, et cela d'autant plus que ce personnage en chute libre s'approche un peu plus de la vérité avec chaque gaffe qu'il commet.
Sans jamais s'arrêter, ni occulter la dimension humaine, dans toute sa noblesse pitoyable, en chacun des personnages, Beatty mène ici une croisade féroce contre tout ce qui ne marche pas ou plus dans la société américaine, à l'époque de la sortie du film et encore plus de nos jours. L'intelligence suprême de son scénario et de sa mise en scène élégante et vigoureuse réside cependant dans sa conscience lucide qu'un petit trublion n'y changera pas grand-chose. Le ton irrévérencieux du film vise davantage à opposer les extrêmes sociaux, pour mieux promouvoir une compréhension collective et réciproque, qu'il sait pourtant pertinemment impossible.
Revu le 26 février 2008, en DVD, en VO
Revu le 11 novembre 2009, en DVD, en VO
Revu le 16 juin 2011, en DVD, en VO