Soleil se lève aussi (Le)
Printemps 1976, Chine du Sud. Une mère a élevé seule son fils. Son père Aliocha était mort avant la naissance du fils et ne lui a laissé que de vieilles lettres. Après avoir rêvé d'une paire de chaussures brodées en forme de poisson, la mère perd la raison et grimpe sur les arbres pour retrouver son mari. Cette situation déstabilise fortement son fils, jusqu'à ce que, l'été, le professeur Tang arrive au village pour sa rééducation. Pendant que Tang part à la chasse avec une bande de garçons, le fils commence une affaire avec sa femme, au ventre de velours.
Critique de Tootpadu
Le voilà enfin, le troisième film de Jiang Wen, ce réalisateur chinois qui nous avait hautement subjugués avec son magnifique
Les Démons à ma porte il y a sept ans déjà. Les retrouvailles commencent plutôt bien, plein d'entrain filmique et avec une histoire aussi fantastique que riche en couleurs saturées. La suite de cette première partie, digne d'un conte de fées magique et enchanté, perd cependant d'intérêt, au point de nous laisser perplexes et passablement déboussolés au bout des trois autres épisodes d'une histoire pour le moins énigmatique.
Il devient en effet vite clair, que le récit de Jiang Wen ne vise pas une forme linéaire ou une intrigue aux enjeux conventionnels. Les associations de pieds qui ouvrent le film et les errements du fils à la recherche de sa mère folle obéissent à une logique autre, qui exige du spectateur de s'abandonner pleinement à cette narration endiablée. Sauf qu'au bout d'une quarantaine de minutes, ce décor aussi féerique et étrange que la partie fantastique du
Labyrinthe de Pan laisse la place à une histoire, dont l'aspect graveleux ne constitue pas la seule maladresse.
A l'étrangeté du premier chapitre campagnard succède ainsi une histoire, qui ne perpétue guère la même frénésie narrative, mais qui ajoute une certaine incompréhension, là où un début d'explication aurait été préférable. Les trouvailles visuelles illuminent encore l'écran de temps en temps, mais l'intrigue devient de plus en plus opaque, à moins qu'on n'assiste à une banalisation volontaire des incertitudes du début. Ce mouvement vers un contraste progressivement affirmé entre l'histoire bancale et le style visuel frénétique se poursuit jusqu'à la fin, sans pour autant reproduire l'ensorcellement des premières minutes. Au contraire, la mise en scène de Jiang Wen s'apparente désagréablement aux excès folkloriques d'un Emir Kusturica, lors de la célébration du mariage.
Le Soleil se lève aussi ne répète par conséquent nullement la maîtrise époustouflante des
Démons. En dépit d'une maladresse et d'une opacité croissantes, il affirme toutefois le statut de Jiang Wen comme un cinéaste atypique et visuellement plus que talentueux.
Vu le 6 mars 2008, à la Salle Pathé Lincoln, en VO