Désengagement
En 2005 à Avignon, le professeur Franz meurt paisiblement. Il a tout prévu pour son enterrement, jusqu'à convoquer son fils adoptif Uli, un membre de la police spéciale israélienne, peu de temps avant sa mort. Le défunt avait passé ses derniers jours en présence d'Ana, sa fille, sans lui adresser la parole. Lors du rendez-vous avec le notaire, Ana, empressée de rompre avec sa vie actuelle, tombe des nues en apprenant qu'elle devra se rendre en Israël, où l'attend une partie de son passé qu'elle aurait préféré oublier. Remplie d'appréhension, elle part sans tarder avec Uri, qui devra coordonner l'évacuation des colons juifs de la bande de Gaza.
Critique de Tootpadu
Les problèmes de ce nouveau film de Amos Gitai commencent et s'arrêtent avec Ana, le personnage interprété avec conviction par Juliette Binoche. Dès le début, elle ne paraît pas être à sa place, comme si elle était en quête perpétuelle de quelque chose, qu'elle n'aura pas non plus trouvé à la fin. C'est là un portrait de femme complexe et partiellement sans complaisance. Le genre de personnage qui exerce une force perturbatrice à laquelle il est impossible de résister.
Le scénario ne révèle pas suffisamment de détails sur sa vie pour réellement comprendre les névroses d'Ana, à moins que tout son malheur trouve sa racine dans la période qu'elle avait passé au kibboutz. Une telle paresse scénaristique ne serait pas vraiment étrangère à Amos Gitai, qui laisse au moins planer un doute malaisant sur l'identité du géniteur. Mais peu importe donc les motivations du personnage, puisque la façon à la fois imprévisible, à cran et enjouée avec laquelle Binoche l'interprète gardent notre intérêt éveillé.
En cinéaste israélien qui se respecte, Gitai ne dispose par contre pas du bon sens filmique de laisser passer une énième occasion de rendre compte de la situation bien entendu préoccupante dans son pays. Alors que le récit était juste un peu disparate et sans ligne claire pendant la première partie du film, il prend une tournure lourdement politique par la suite. L'évacuation des colons juifs fournit à ce moment une toile de fond plutôt opportuniste et sans impact bénéfique au destin de plus en plus embrouillé d'Ana. Sa présence au milieu de l'intervention policière tumultueuse agit comme un corps étranger, sans but et raison d'être. Et sa crise de nerfs finale est proprement insensée, en vue de la probabilité élevée de retrouver la personne dont elle a été séparée.
Vu le 13 mars 2008, au Club Marbeuf, en VO