Et puis les touristes
Le jeune Allemand Sven Lehnert n'est guère ravi de devoir effectuer son service civil dans le centre international d'Oswiecim en Pologne, près du site des camps de concentration d'Auschwitz. Parmi d'autres tâches ménagères, il doit s'occuper de Stanislaw Krzeminski, un vieux survivant des camps, qui y vit toujours et qui partage son expérience horrible avec les groupes scolaires, qui se succèdent dans le centre. Sven fait également la connaissance d'Ania, une jeune Polonaise qui travaille comme guide, mais qui rêve de partir de cet endroit lourd de souvenirs déplaisants.
Critique de Tootpadu
Si vous voulez être émus par les atrocités de la Shoah, allez voir
La Liste de Schindler. C'est un des personnages centraux de ce film lui-même qui le dit.
Et puis les touristes propose une approche infiniment plus subtile que ces films, bons ou mauvais, qui privilégient l'impact immédiatement humain de cette période sombre de l'Histoire européenne. Il s'interroge sur notre rapport à ce passé encombrant et douloureux, ainsi que sur le temps qui modifie imperceptiblement, mais sans ménagement, notre façon de nous souvenir.
L'attitude du personnage principal, un jeune homme qui effectue son service civil sans le vouloir dans un des endroits les plus tristement célèbres de l'Histoire allemande, est le reflet délicat et pourtant assez précis de cette démarche sincère, mais point cérémonieuse. L'aspect insoutenable des crimes commis par les Allemands nazis pendant cette période n'est jamais mis en question, ni relativisé. Mais à aucun moment, le scénario ne se recueille pour se laisser imprégner par les horreurs de la guerre et la politique abjecte de l'extermination. Tel n'est pas son propos, ni son intention narrative. Le souvenir pèse certes comme une chape de plomb sur ce lieu, hanté par les centaines de milliers de personnes qui y ont laissé leur vie. Mais l'intérêt du film, dans un remarquable élan vers l'avant, se focalise sur le présent et ce qu'Auschwitz, en tant que témoin historique, vivant ou embaumé, peut nous apporter à l'avenir.
A une question à la fois aussi vaste, dans le cadre scientifique, et aussi intimiste, dans le rapport personnel de tout un chacun, jeune ou plus âgé, avec cette tragédie de la race humaine, il n'existe pas de réponse facile ou absolue. Et ce film ne cherche pas non plus à en donner hâtivement. Au contraire, il démonte nos certitudes, à travers celles de Sven, pour mieux interroger notre regard sur cet endroit, où la préservation nécessaire d'un passé malheureusement emblématique se trouve en permanence en proie à l'évolution tout aussi inévitable du monde qui nous entoure actuellement. L'aspect émotionnel, social et économique de ce dernier lui confère une dimension universelle, qui rend l'impact de
Et puis les touristes pertinent et touchant, bien au delà de sa modestie formelle affichée.
A condition de vouloir sortir des sentiers battus du tourisme du souvenir formaté et révérencieux, vous pourrez ainsi vous rendre sur place, par le biais du cinéma, pour constater à quel point le passé exerce son influence sur nous, sans pour autant faciliter l'existence des générations futures de quelque manière que ce soit. Voici un constat qui confirme une fois de plus à quel point le cinéma allemand apprend de mieux en mieux à faire face à sa propre histoire nationale, sans oeillère, ni culpabilité maladive.
Vu le 14 avril 2008, au Club Marbeuf, en VO