Wonderful town
Takua Pa, une petite ville au sud de la Thaïlande, pas loin de la côte, a été ravagée par le tsunami. Un an plus tard, les travaux de reconstruction sont en cours, tandis que les touristes ne sont pas encore revenus dans la région. L'architecte Ton s'installe dans l'hôtel que Na gère depuis le décès de ses parents. Son travail a beau ennuyer l'homme de la ville, il apprécie le calme de la campagne et la présence de Na, qui ne tarde pas à céder à ses avances.
Critique de Tootpadu
Les premiers plans de ce premier film thaïlandais exercent un tel pouvoir de fascination, que nous aurions très bien pu nous laisser ensorceler par eux pendant toute la durée du film. Le mouvement des vagues sur la plage, cadré en sorte qu'aucun repère ne permet une assurance sur l'échelle ou l'endroit, constitue une entrée en la matière magistrale, à la fois par sa charge symbolique et par sa beauté plastique intrinsèque. De tels moments d'une poésie contemplative se reproduisent par la suite, même s'ils ne revêtent pas toujours une forme aussi visuellement époustouflante. Le réalisateur Aditya Assarat procède en effet tout en douceur, à l'image de son personnage principal sensible et en fin de compte vulnérable.
Wonderful town compte parmi ces histoires d'amour magnifiques, qui évoluent plus par le biais de moments en suspension que par des clichés romantiques convenus. Le scénario assez minimaliste ne s'appuye guère sur du concret. Il s'inspire davantage de la mélancolie qui pèse sur cet endroit ravagé par la mer, sans faire du traumatisme collectif un passage obligé et évident. Chacun des personnages, qu'il soit citadin ou villageois, trimballe son propre drame avec lui. Mais cette pesanteur sert avant tout à dénoncer l'écart impossible entre l'amour naissant dans toute sa vigueur idyllique et les règles établies dans une communauté close.
Les sursauts de joie sont par conséquent rares dans un contexte, qui célèbre la beauté du décor bucollique, tout en laissant y planer l'aura tragique de l'événement antérieur à l'intrigue. Cette dualité conflictuelle transparaît régulièrement, au point de figer la relation hésitante entre l'ancien musicien, reconverti en cadre du bâtiment peu enthousiaste, et cette fille, qui se tue à une tâche qu'elle n'a point choisie. La mise en scène de Aditya Assarat transcrit cette romance délicate avec une simplicité et un talent visuel, qui permettent à la sensualité contrariée de la situation de s'épanouir pleinement.
Vu le 21 avril 2008, à la Salle Pathé Lincoln, en VO