Agnus dei
En mars 2002, le vétérinaire Arturo, âgé de 77 ans, est enlevé en Argentine pour des raisons économiques. Alors que sa petite fille Guillermina et sa fille Teresa, exilée en France, font tout pour rassembler la rançon à temps, cet épisode dramatique en rappelle un autre dans la même famille : la persécution de Teresa et de son mari Paco, journaliste d'une radio contestataire, au temps de la dictature militaire à la fin des années 1970.
Critique de Tootpadu
Le va-et-vient perpétuel entre le présent et le passe s'opère d'une façon étonnamment organique dans ce premier film argentin. Lucia Cedron va même jusqu'à puiser la force dramatique principale de ces souvenirs et ces anticipations incessants. Progressivement, son récit morcelé dévoile les blessures cachées d'une famille, qui est symboliquement rattrapée par ses erreurs d'antan. Le cadre historique est alors avant tout un prétexte, employé sans opportunisme, pour mettre à l'épreuve la nature humaine de chacun des membres de la famille.
La réalisatrice ne cherche pas à donner des leçons de quelque ordre que ce soit à travers son film. Elle préfère se pencher avec sensibilité et sans emphase sur un événement traumatisant, qui agit tel un écho déformant sur les plaies du passé, ignorées mais nullement oubliées. En fin de compte, les similitudes entre ces deux actes barbares ne sont guère éclatantes. Mais par le biais d'une mise en abîme astucieuse, qui joue autant avec le temps qu'avec les nerfs des personnages, Lucia Cedron crée un récit intriguant. Les sauts réguliers d'une époque à l'autre, parfois en forme de transitions presque imperceptibles, confèrent une abstraction temporelle à l'histoire, qui sert à mieux mettre à nu les rancunes et les non-dits d'un passé familial chargé.
Après
Buenos Aires 1977, le cinéma argentin continue à démontrer avec bravoure comment se réapproprier son histoire, tout en restant fidèle aux exigences d'un cinéma de qualité.
Vu le 24 avril 2008, à la Salle Pathé Lamennais, en VO