Soledad (La)
Adela, qui s'occupe seule de son jeune fils Miguelito, décide de partir de son village natal, pour tenter sa chance à Madrid. Elle s'y installe dans un grand appartement en co-location avec Carlos et Inès, une des trois filles d'Antonia, la propriétaire d'un petit supermarché.
Critique de Tootpadu
Comme c'est souvent le cas, le premier plan de ce film espagnol, récompensé par trois Goyas majeurs, est emblématique de tout ce qui va suivre. On y voit des vaches en train de paître, alors que le plan visuel est séparé en deux parties distinctes par un poteau. La valeur annonciatrice de cette image relève à la fois de ce que l'on voit, une scène d'une banalité et d'un calme absolus, et la façon dont est découpé l'action minimaliste.
Pendant les deux heures du film, peu de choses vont en effet arriver au groupe de protagonistes. A l'exception d'un sursaut complètement inattendu au bout d'une cinquantaine de minutes, Adela, Antonia et les autres vaquent à leurs occupations avec un stoïcisme, qui est en décalage notable avec l'univers plus animé et coloré d'un Pedro Almodovar, par exemple. La vie dans ce qu'elle a de plus ordinaire se déroule ainsi devant nos yeux, avec ses disputes familiales, ses maladies et son accomplissement pas toujours prévisible du cycle vital. Le portrait que Jaime Rosales dresse de la société espagnole dans son deuxième film est d'une banalité profonde, ce qui le rend à la fois très accessible et pas particulièrement palpitant.
Le plus grand obstacle à l'appréciation de
La Soledad n'est cependant pas la simplicité très humaine de son histoire, mais sa forme exagérément statique. Il ne suffit ainsi pas au réalisateur de garder sa caméra immobile pendant l'immense majorité de la durée du film, il s'obstine en plus à couper le champ en deux à de multiples reprises. De l'emploi le plus fastidieux de ce procédé depuis longtemps naît au mieux une sensation de dualité et de simultanéité, sans utilité narrative crédible. Pendant que le linge sèche du côté droit du cadre, la mort s'introduit du côté gauche. Ou bien, les conversations sont découpées d'une façon curieuse - un interlocuteur de face, l'autre de profil -, mais guère probante dans l'ordre narratif global du film. Aucune dynamique ne découle en effet du rapport entre les deux points de vue, qui ne diffèrent guère en termes temporels et spatiaux. Le dispositif de l'écran découpé a vécu son heure de gloire dans
Time Code de Mike Figgis, mais ici, il ne représente qu'un poids formel inutilement éprouvant !
Si ce n'était pour les interprétations remarquables de Petra Martinez et de Sonia Almarcha, la forme encombrante du film aurait presque raison d'une histoire, qui mise justement sur le naturel de son approche de la vie quotidienne.
Vu le 2 juin 2008, au Club Marbeuf, en VO