Tropa de elite
En 1997, le pape doit venir à Rio de Janeiro et élire domicile chez l'archevêque dans un quartier défavorisé. Trois mois avant son arrivée, les policiers d'élite de l'unité BOPE ont pour mission de pacifier le quartier, tenu par des barons de la drogue lourdement armés. Dans l'équilibre précaire entre le trafic de stupéfiants et d'armes et la corruption omniprésente des forces de l'ordre, seuls les hommes du bataillon des opérations spéciales arrivent à tenir le dessus, quitte à employer la torture et la violence arbitraire. Dans ce contexte tendu, le capitaine Nascimento n'en peut plus du stress de son travail. Alors que la naissance de son premier enfant est imminent, il cherche à se faire remplacer à tout prix. Les deux candidats susceptibles de prendre sa place sont Neto et Matias, deux aspirants auxquels il manque soit l'intelligence, soit le courage, pour remplir ce poste exigeant.
Critique de Tootpadu
Pourquoi une bonne partie des films brésiliens de ces dernières années se sent-elle obligée d'imiter plus ou moins consciencieusement
La Cité de Dieu de Fernando Meirelles et Katia Lund ? Cette référence constante est évidemment le meilleur moyen pour distinguer un film marquant, voire précurseur dans la forme et dans le fond. Mais ce postulat stylistique et narratif pèse en même temps comme une chape de plomb sur une cinématographie nationale, qui a suffisamment de mal à subsister économiquement sans cette monotonie formelle. Le lauréat de l'Ours d'or à Berlin cette année ne réussit pas vraiment à s'affranchir de la filiation du film précité, même si son histoire sombre et survoltée sur le quotidien moralement et mentalement misérable de la police brésilienne ne manque pas d'attrait.
Les quelques dispositifs narratifs conventionnels, comme la voix off récurrente de Nascimento, sous forme de commentaire désabusé, ou le long retour en arrière pendant une petite heure après le générique, n'alternent en effet que peu le coup de poing musclé avec lequel
Troupe d'élite nous agresse, pour le meilleur et pour le pire. L'éternelle histoire du flic, qui devra se salir les mains afin de servir un idéal abstrait de la justice, y trouve une déclinaison poignante et nullement édifiante.
C'est la guerre dans les quartiers pauvres de Rio et comme dans chaque conflit armé, il n'y a pas réellement de vainqueurs. La situation est encore aggravée par la corruption, qui est une façon particulièrement lâche et intéressée de la police et des pouvoirs publics d'abdiquer face au crime. La force d'élite agit sur ce champ de mine comme Antoine tenta de le faire dans l'Histoire romaine, contre Octave une fois qu'il fut vaincu : telle une abeille, qui ne se fait pas oublier grâce à ses petites piques, mais qui n'inquiétera jamais durablement le statu quo pourri de l'argent, du pouvoir et de la violence. Dans ce sens, les motivations du protagoniste, infiniment plus égoïstes qu'héroïques, condensent bien un état d'esprit surchauffé, dont la perte d'humanité, symbolisée par l'acte final de Matias, ne viendra jamais à bout d'une société brésilienne irrémédiablement gangrenée.
Vu le 3 juin 2008, au Club de l'Etoile, en VO