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Souvenir | Note générale: 3
Souvenir

Souvenir

Au début des années 1950, Yoo-bong, un chanteur traditionnel coréen, a recueilli deux orphelins. Alors qu'il enseigne au garçon Dong-ho le tambour traditionnel, sa véritable ambition porte sur la fille Song-hwa, dont il rêve de faire un jour une chanteuse de pansori parfaite, qui sera acclamée comme lui, il ne l'a jamais été. Las de la vie d'artiste misérable que Yoo-bong l'oblige à mener, Dong-ho s'en va, une fois adulte, pour faire son service militaire. Mais à la fin de celui-ci, il doit apprendre que Song-hwa, dont il est secrètement amoureux, a perdu la vue, probablement par la faute du vieux chanteur. Dong-ho ne cesse alors de rechercher sa soeur, afin de lui offrir une vie meilleure.
Note générale
3
Sortie: 2008-07-23 | Durée: 108 minutes
Réalisateur: Im Kwon-taek
Genre: Mélodrame

Critique de Tootpadu

Souvenir est le centième film d'Im Kwon-taek ! Sur ce nombre impressionnant d'oeuvres, moins d'une dizaine sont sorties en salle en France. On pourrait expliquer cette lacune immense d'exposition soit par le marché réduit et peu porteur pour le cinéma asiatique, soit par des considérations générationnelles. En effet, bien que le travail du réalisateur coréen ait vécu une reconnaissance internationale ces dernières années, notamment grâce à Ivre de femmes et de peinture, c'est surtout pendant les années 1960 et '70 que ses films sortaient avec une cadence infernale. Toutefois, la raison principale et probable pour la confidentialité relative d'un des plus grands réalisateurs asiatiques est que ce dernier est plus attaché à sa culture nationale qu'à une forme d'expression filmique universelle.
Im Kwon-taek peut être considéré en quelque sorte comme le gardien d'un cinéma typiquement coréen, qui fait la sourde oreille aux courants esthétiques plus modernes, personnifiés par exemple par le touche-à-tout Kim Ki-duk, pour rester fidèle à une tradition plus ancienne. Son film le plus récent n'est ainsi pas tant une oeuvre de vieillesse, que la continuation logique des thèmes et des formes que nous avons pu déceler dans les rares films, qui nous sont parvenus. La sobriété formelle y épouse avec une douceur mélancolique les préoccupations mélodramatiques des personnages, le tout sur fond d'une pratique approfondie du chant ancestral de la Corée du Sud.
On souffre beaucoup dans Souvenir, ne serait-ce qu'à cause de l'incapacité des personnages d'obtenir ou de retenir ce qu'ils désirent tant. Même les quelques moments de retrouvailles et de bonheur partagé ne durent pas, parce que les obligations d'une vie subie et non choisie éloignent périodiquement le frère et la soeur chastement amoureux. Le regret des occasions manquées côtoie ainsi subtilement le souvenir amer, déclenché par le retour à l'auberge où tout avait commencé. La narration très maîtrisée d'Im Kwon-taek ne tombe pas dans l'excès mélodramatique, lorsque le malheur s'acharne contre l'idylle projetée. Elle excelle davantage dans la sobriété formelle et la beauté plastique, qui rendent le cinéma coréen traditionnel aussi dépaysant.

Vu le 4 juin 2008, au Club Marbeuf, en VO

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