Grace is gone
Grace Philipps, un officier de l'armée américaine, est partie servir en Irak, laissant son mari Stanley seul en charge de leurs deux filles Dawn, huit ans, et Heidi, douze ans. Lorsque la nouvelle terrible de la mort de Grace au combat arrive, Stanley ne sait pas comment en avertir ses enfants. Il n'ose pas le leur dire en face et décide finalement, sur un coup de tête, de les emmener en voiture dans un parc d'attractions en Floride.
Critique de Tootpadu
Clint Eastwood est un bon acteur et même, périodiquement, un grand réalisateur. Par contre, ses talents musicaux sont déjà plus modestes et généralement limités à quelques notes disparates pour accompagner ses propres films. Sa bande originale pour ce drame sombre, sur la difficulté d'un père d'annoncer le décès de la mère à ses filles, se démarque négativement. Elle ne cesse en effet de se mettre en avant et d'attirer l'attention sur elle, aux moments les plus éprouvants de cette histoire minimaliste, mais pas sans attrait émotionnellement parlant. L'interminable irruption importune de la partition d'Eastwood s'avère ainsi dommageable pour l'approche nettement plus sobre de la mise en scène du scénariste James C. Strouse.
Car toute la force émotionnelle de cette histoire résulte de la simplicité de sa prémisse et de son refus d'exagérer le désarroi d'une famille face au deuil. L'embarras du père, un homme visiblement nostalgique du code de conduite de l'armée, de devoir apprendre une nouvelle terrible à ses filles insouciantes, et sa fuite vers l'avant, qui n'est bien sûr qu'un retardement lâche du moment inévitable, fournissent ainsi une base dramatique des plus accessibles. Grâce au jeu convaincant de John Cusack et de la jeune Shélan O'Keefe, dont le personnage vit là les dernières heures innocentes d'une puberté, qui lui imposera probablement sous peu le rôle guère enviable de substitut maternel, cette virée dans le mutisme n'est pas sans intérêt. Mais la mise en scène trop effacée de Strouse et la nature en fin de compte aussi un peu commune du scénario ne la rendent pas vraiment mémorable. Ce qui n'implique pas que
Grace is gone sera aussi vite oublié que l'apparition bizarre de figuration de Marisa Tomei.
Vu le 10 juin 2008, à l'UGC Ciné Cité La Défense, Salle 11, en VO