Dans la ville de Sylvia
Un homme retourne à Strasbourg, la ville où il avait rencontré Sylvia six ans plus tôt, dans le bar "Les Aviateurs". Il croit l'apercevoir au café du conservatoire, et il poursuit cette jeune femme à travers les rues de la ville.
Critique de Tootpadu
La magie opère pleinement à partir d'une multitude de petits détails dans cette co-production franco-espagnole. L'intrigue très rudimentaire permet au regard de se poser avec une douceur et une sensualité hors pair sur la ville de Strasbourg et ses habitants, ici majoritairement féminins. La quête impossible du personnage principal s'appuie en effet sur un besoin voyeuriste, qui ne fait qu'accroître sa solitude. En dérobant aux femmes qu'il croise leur portrait, et en multipliant les dessins alors qu'il ne cherche précisément qu'une seule personne, le jeune homme se perd progressivement dans un fanatisme de l'observation saisissant.
Cette façon de regarder, afin de percer à jour le secret des gens ou l'ambiance particulière d'une ville, José Luis Guerin la maîtrise parfaitement. Il sait renouveler constamment notre perception, et il n'arrête pas de nous ouvrir les yeux devant la beauté poétique de motifs tout à fait anodins. Sa création d'un univers filmique urbain relève d'un enchantement, qui aiguise les sens et les sentiments. Que ce soit à travers le travail méticuleux sur la bande son, dans la tradition des chefs-d'oeuvre de Jacques Tati, ou le rythme réfléchi d'une narration plutôt abstraite, la mise en scène excelle dans l'évocation personnelle de trois jours ailleurs, dans une ville à la vitesse suspendue, au va-et-vient de quelques individus de la rue (les vendeurs ambulants) et au ballet imposant des tramways.
C'est à leur capacité de transformer quelque chose de banal en des instants empreints de magie filmique que l'on reconnaît les grands réalisateurs. José Luis Guerin en est certainement, tant il affiche un courage artistique et une force poétique dans cette très belle déambulation estivale !
Vu le 16 juin 2008, au Club Marbeuf