Des trous dans la tête !
Guy Maddin, un peintre en bâtiment, retourne sur l'île de son enfance, à la demande de sa mère mourante, qui lui demande de repeindre le vieux phare, qui abritait jadis l'orphelinat tenu par les parents de Guy. Les souvenirs de ses années formatrices rejaillissent alors, comme ceux de sa soeur indépendante Sis, de sa mère dominatrice, de son père constamment plongé dans son travail scientifique, ou de la rencontre marquante avec les jeunes détectives Wendy et Chance Hale, venus sur l'île pour enquêter sur les trous étranges remarqués sur la tête et la nuque des orphelins.
Critique de Tootpadu
Guy Maddin continue de se positionner très loin des courants grand public du cinéma contemporain. La lourde charge esthétique de ce film s'inspire une fois de plus, comme dans
The Saddest Music in the World, du cinéma muet. Sauf que Maddin pousse la surenchère formelle encore un peu plus loin ici, en contant l'histoire tortueuse d'une enfance qui ne l'est pas moins à la manière des films du début du Septième art. Dans ce dispositif du seul accompagnement de l'intrigue par une voix off, de la musique et des effets sonores prononcés, qui seront repris lors de quelques représentations ponctuelles en direct lors de la sortie, réside l'intérêt principal de ce film aussi opaque et déroutant que tout ce que nous avons pu voir de Guy Maddin jusqu'à présent.
Si ce n'était pour la narration fascinante, relayée par la voix grave et sensuelle d'Isabella Rossellini, nous aurions décroché bien plus tôt de ces souvenirs d'enfance alambiqués. Le découpage trop travaillé, qui s'approprie les imperfections techniques de la projection du cinéma muet pour une stylisation poussive, et le récit divisé en une série interminable de chapitres mettent en effet notre patience et notre capacité de concentration à rude épreuve.
Au mieux, on pourrait voir en ce film exigeant, surtout en termes visuelles et de montage, la gestation d'une approche artistiquement très personnelle de la narration filmique par Guy Maddin. Ou au pire, ce serait la poursuite d'un entêtement esthétique réservé à une minorité d'initiés patients et ouverts aux expériences inédites.
Vu le 28 août 2008, au Club Publicis, en VO