Comme les autres
Le pédiatre Emmanuel file depuis des années le parfait amour avec Philippe, un avocat. Le couple vit ouvertement son homosexualité et est parfaitement intégré dans l'entourage social et familial. Mais à 42 ans, Emmanuel rêve d'être père, de donner un sens à sa vie en élevant un enfant. Philippe est fermement opposé à ce projet, au point de quitter Emmanuel, lorsque celui-ci poursuit sa démarche d'adoption. Après le refus de sa demande, Emmanuel se met à la recherche d'une mère porteuse, qu'il trouve en la personne de Fina, une jeune femme argentine, qu'il a rencontrée par hasard au cours d'un accident de voiture bénin.
Critique de Tootpadu
Pour une fois, le cinéma français est en retard sur son confrère américain, lorsqu'il s'agit d'évoquer le sujet de société à la mode de l'homoparentalité. Ce film bancal rappelle en effet fortement
Un couple presque parfait, vieux de huit ans déjà, la mise en scène adéquate de John Schlesinger et un Benjamin Bratt fringant en moins. Les deux films abordent la pomme de discorde entre les partisans de valeurs familiales traditionnelles et les homosexuels désirant adopter avec une telle précaution consensuelle et une telle frilosité, que les opinions ne risquent point d'évoluer grâce à eux.
Le regard du réalisateur Vincent Garenq est ainsi au moins aussi hystérique que le parcours improbable de son personnage principal. Au lieu de soulever les questions essentielles au débat sur l'homoparentalité, il cherche à platement humaniser les enjeux. La croisade d'Emmanuel pour enfin devenir père s'agite sans conviction à un niveau extrêmement banal et anecdotique. Face à tant de revirements artificiels et un style filmique qui serait plus à l'aise sur le petit écran, on se demande bien si
Comme les autres n'exploite pas bêtement un sujet au goût du jour pour vendre son histoire autrement plutôt ennuyeuse. C'est que les personnages ne prennent guère vie en dehors de la frénésie de la procréation. La construction dramatique faiblarde du film et son message prétendument progressiste les enferment dans une série de platitudes prévisibles et finalement sans grand intérêt.
Enfin, les dégâts vont encore plus loin, puisque l'interprétation est dans l'ensemble plutôt mauvaise. Peu nous importe que Pilar Lopez de Ayala ne confirme nullement l'espoir qu'elle avait éveillé en nous dans
Dans la ville de Sylvia et que les maniérismes affectés de Lambert Wilson, surtout lorsqu'il est assis, renvoient nullement une vision moderne de l'homosexuel au cinéma. Mais devoir subir notre Anne Brochet bien aimée dans un rôle aussi ingrat et pitoyable que celui de la meilleure amie jalouse, qui a droit à la seule réplique homophobe - qui était hélas et sans surprise la seule à faire rire le public -, et voir Pascal Elbé perdre tout son pouvoir de séduction, accumulé au cours de
Mes amis, mes amours, à cause d'une interprétation trop ostentatoire dans sa froideur et dans la mise en avant de l'état psychologique renfermé de son personnage, cela nous a définitivement dégoûtés de ce film.
Il peut paraître mesquin de baser notre opinion sur la seule représentation, décomplexée ou non, de l'homosexualité au sein des films, qui se veulent progressistes en la matière. Néanmoins, la façon dont sont décrits et montrés les actes d'affection entre deux hommes ou deux femmes peut en dire long sur la sincérité militante de l'entreprise. Signalons donc, à simple titre d'indication, que la scène de sexe passablement torride du film est réservée à un échange hétérosexuel, alors que les homos doivent se contenter de tout juste deux baisers.
Vu le 23 septembre 2008, à l'UGC Ciné Cité La Défense, Salle 10