Armée des ombres (L')
En octobre 1942, le résistant Philippe Gerbier est arrêté par la police française et retenu dans un camp d'internement. Il arrive à s'échapper et devient le responsable de la Résistance à Lyon.
Critique de Tootpadu
La mise en scène de Jean-Pierre Melville étonne par sa grande sobriété dans cette épopée sur la lutte clandestine en France. Alors que le sujet se prêterait à une évocation amplement héroïque des exploits des martyrs pour la libération, le film traite davantage les aspects moins glorieux et pourtant nécessaire de la Résistance.
Tout au long de
L'Armée des ombres, on n'assiste ainsi à aucune action de sabotage ou de commando offensif contre l'occupant nazi. Le récit évoque plutôt le fonctionnement sans éclat et au jour le jour d'une organisation, qui peinait encore à cette époque-là, l'hiver 1942/43, d'imposer son élan populaire. D'opérations de nettoyage répugnantes en captivités prolongées et évasions impromptues, le scénario dresse un portrait guère glorieux des héros nationaux. Il s'applique plutôt à montrer la tension permanente, qui pesait sur chaque résistant, avec son lot de méfiance et d'appréhension d'une mort certaine.
Le récit accentue cette position expectative en jouant à volonté sur la durée. Chaque vignette de la lutte armée fait volontairement ressentir le temps qui passe, tel une chape de plomb en attendant le moment opportun pour agir. La narration anti-climactique renforce cependant la tension au sein de cette épopée sans gloire apparente. Elle est un des points forts, avec par exemple l'emploi judicieux de la voix off, de la mise en scène magistrale de Jean-Pierre Melville !
Revu le 5 octobre 2008, à la Cinémathèque Française, Salle Henri Langlois