Leonera
Julia Zarate, une jeune étudiante enceinte de quelques semaines, découvre dans son appartement le corps agonisant de son compagnon Ramiro et celui, sans vie, de l'amant de celui-ci Nahuel. Accusée d'homicide, Julia est incarcérée dans le quartier d'une prison réservé aux mères.
Critique de Tootpadu
En compétition au dernier festival de Cannes, le réalisateur argentin Pablo Trapero continue de monter progressivement l'échelle de la reconnaissance internationale. Cette ascension est d'autant plus méritée qu'elle se fonde sur une oeuvre qui gagne en épaisseur de film en film. Ainsi, Trapero explore avec une sobriété exemplaire le genre du film de femmes emprisonnées, enclin dans des circonstances artistiques moins ambitieuses à toutes sortes d'exploitations voyeuristes, voire pornographiques.
Leonera n'évite pas quelques indices à l'égard de la promiscuité et d'un ordre social parfois anarchique. Mais dans l'ensemble, le scénario contourne les écueils trop faciles en rapport avec l'enfermement.
La mise en scène accentue de même subtilement l'oppression carcérale dont Julia tombe victime. Rares sont les symboles visuels de la prison, comme les barbelés, les miradors, ou les barreaux. La perte de la liberté est transcrite filmiquement d'une façon bien plus sourde et, par conséquent, plus durable. Ecartelée comme dans un état de suspension existentielle, en attendant pendant des années son procès et sa condamnation probable, Julia devient partie intégrante d'un environnement hostile au possible. Dans ce milieu précaire et sans avenir, son fils représente le seul espoir d'un lien futur avec le monde extérieur.
Mais là encore, le point de vue de Pablo Trapero n'est point complaisant. Tomas est moins conçu, narrativement parlant, comme un symbole angélique, qu'en tant que rappel constant de la situation de départ catastrophique et d'une figure paternelle aussi douteuse qu'absente. Bien que sa vie soit sans aucun doute plus facile en dehors du cadre insalubre de la prison, sa présence auprès de sa mère investit celle-ci non seulement d'un instinct maternel indéniable, mais surtout d'un enjeu social qui la distingue des autres prisonnières et qui lui offre un cadre de vie plus supportable.
Vu le 13 novembre 2008, au Club Marbeuf, en VO