Louise Michel
Après avoir purgé une longue peine de prison, le paysan Jean-Pierre a dû se faire passer pour une femme, Louise, pour trouver un travail dans une usine de textiles en Picardie. Du jour au lendemain, l'entreprise met la clef sous la porte, sans avertir la dizaine d'employées. Les chômeuses décident alors de réunir leurs indemnités de licenciement pour faire buter le patron. Louise se propose de trouver un professionnel pour remplir le contrat. Mais ses quelques connaissances de taule ne veulent avoir plus rien à faire avec elle. Par hasard, Louise tombe alors sur Michel, un expert en sécurité autoproclamé, qui accepte d'assassiner le patron.
Critique de Tootpadu
Rien n'est sacré dans ce troisième film du duo Benoît Delépine et Gustave Kervern. Il suffit de regarder la première séquence, très macabre et finalement sans lien direct avec la suite, pour s'en convaincre. Comme déjà dans leur remarquable
Avida, mais avec un brin de folie et de poésie en moins, les réalisateurs créent un univers parallèle absurde, qui ressemble au monde réel, tout en fonctionnant selon les exigences aberrantes du scénario. Stoïquement, les personnages répondent à ces dernières, sans se préoccuper outre mesure des conséquences morales de leurs actes.
La distinction entre le bien et le mal, entre le professionnalisme et l'amateurisme maladroit, et entre l'homme et la femme s'estompe sans peine, pour laisser sa place à un humour plus caustique que mal intentionné. A aucun moment, le film ne se moque du comportement contraire au bon sens du couple védette improbable. Comme pour mieux indiquer que dans un ordre social dénué d'adversaires physiques mais pas de misère, tous les moyens sont bons pour combattre l'injustice, Delépine et Kervern laissent libre jeu à leurs croisés bêtes et illuminés. Seule la folie frénétique d'un Don Quichotte est alors plus loufoque, dans sa poursuite forcenée d'ennemis imaginaires, que celle de Louise et Michel.
Nous avons beau apprécier le cadeau offert aux rares spectateurs qui restent, comme nous, jusqu'à la fin du générique, qui consiste en l'apparition d'Albert Dupontel, une fois de plus hilarant, et le ton général du film fortement décalé,
Louise Michel ne renouvelle pas pour autant le sentiment de révélation cinématographique que nous avait procuré
Avida. La narration pèche un peu en termes de fluidité et de rythme organique, laissant plusieurs séquences en suspens au seul profit d'une blague joyeusement déplacée. Et le constat social reste assez sombre, en dépit de la volonté irrévérencieuse clairement affichée des réalisateurs.
Vu le 24 novembre 2008, au Club Marbeuf
Son commentaire : Aaltra, le premier film de Kervern-Delépine, avait été une sorte de révélation. Avida ne renouvelait pas tant que ça le langage cinématographique (il le faisait plutôt régresser de 80 ans en ressuscitant Bunuel... mais comment en vouloir à quelqu'un qui tente de transposer l'Age d'or au 21ème siècle???). Avec Louise-Michel, K et D confirment qu'ils sont de vrais auteurs de cinéma. A voir absolument, sans rater ni le prégénérique ni le post-générique (quand c'est fini y'en a encore!!!) Sinéphile. Vu aux Studio à Tours le 28 décembre 2008