All I desire
L'actrice sur le déclin Naomi Murdoch reçoit au début de l'été une lettre de sa fille Lily, qui l'implore d'assister à la représentation de la pièce de théâtre à son école. Naomi avait abandonné sa famille il y a plus de dix ans, prenant la fuite d'une affaire et de la vie provinciale qui lui pesait trop. Sur un coup de tête, elle retourne à Riverdale et ne manque pas de faire jaser les habitants, qui se souviennent de son style de vie extravagant et de son départ précipité. A la maison, l'accueil est tout aussi mitigé. Alors que Lily est aux anges, sa soeur aînée Joyce est plus rancunière. Et Henry, le mari éconduit, n'arrive pas à se décider entre une vie rangée avec sa collègue Sara ou les retrouvailles définitives avec Naomi.
Critique de Tootpadu
Le ton devient sensiblement plus grave dans ce début officieux de la série de mélodrames de plus en plus somptueux et tragiques de Douglas Sirk, en comparaison avec les films précédents plus comiques du réalisateur. L'indécision des domestiques d'annoncer leurs fiançailles en fonction de l'évolution de la situation chez les Murdoch fait encore sourire, mais elle reflète surtout un état constant de flottement qui risque à plusieurs reprises d'être fatal. Le mal que se font mutuellement les personnages de
All I desire provient autant de la pression sociale, issue de la peur du "qu'en dira-t-on", que de leur propre incapacité d'adopter une ligne de conduite en accord avec la complexité émotionnelle de leur situation.
Les prévisions quant au départ ou au retour prolongé de Naomi changent ainsi toutes les cinq minutes, et avec elles la disposition morale des personnages que cette visite impromptue concerne. Toujours un observateur aussi perspicace et impitoyable des grands flux sociaux et moraux, Douglas Sirk excelle aussi une fois de plus ici dans la mise en question des certitudes dans ces domaines. Seul l'amour inconditionnel pourra venir à bout de la ronde de suspicions, de rancunes et de déceptions, qui préoccupe toute la famille. La séquence où Naomi prend en larmes congé de son fils résume très bien ce constat désabusé sur l'imperfection intrinsèque de l'être humain. Ou peut-être vaudrait-il mieux faire une distinction dans le cas présent entre les personnages féminins et masculins, puisque les premiers mènent indubitablement la danse, là où les hommes font tache par leur lâcheté et leur inconsistance.
Enfin, la composition de l'image fait une fois de plus ressortir une forte impression d'enfermement. Au bord de l'étouffement, les personnages se tournent autour dans des cadrages resserrés, tel des fauves nerveux dans leur cage.
Revu le 5 février 2009, en DVD, en VO