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Party (La) | Note générale: 4
Party (La)

Party (La)

Après avoir saboté par maladresse le décor de son dernier film, au point de se faire virer, l'acteur indien Hrundi V. Bakshi est par erreur invité à une fête du directeur du studio Clutterbuck. Là aussi, Hrundi V. Bakshi sème malgré lui le désordre.
Note générale
4
Sortie: 1969-08-13 | Durée: 99 minutes
Réalisateur: Blake Edwards
Genre: Comédie burlesque

Critique de Tootpadu

La première séquence de cette comédie jubilatoire donne parfaitement le ton pour le délire éclairé qui va suivre. Le protagoniste y joue un clairon qui s'obstine à sonner la charge, bien que tous les combattants l'aient déjà pris pour cible à cause de son entêtement. De même, il gaffe dans une prise et il fait ensuite sauter par maladresse le décor principal. Toutes ces mésaventures, aussi embarrassantes soient-elles, reflètent en même temps quelques traits de caractère positifs de Hrundi V. Bakshi. Ce clown involontaire est loin d'être idiot, mais simplement en décalage plus ou moins prononcé avec son entourage et, par maladresse ou par timidité, au centre des pires catastrophes.
Et des catastrophes, il y en aura pendant une heure et demie avec une cadence de gags et un humour physique renversant, qui font forcément penser à l'univers de Jacques Tati. En fait, La Party est probablement le film américain le plus tatiesque, tout en restant fidèle au regard cinglant que Blake Edwards porte sur ses compatriotes dans ses meilleurs films. Ce chef-d'oeuvre comique est ainsi aussi divertissant que riche en observations sociales sur le dérèglement carrément anarchiste qui s'opère dans le monde feutré de la classe huppée américaine, si un petit grain de sable sous forme d'un étranger détraque la machine. Certes, Hrundi V. Bakshi n'est pas le seul à l'oeuvre dans la déconstruction du foyer typiquement américain, puisqu'un serveur en état d'ébriété et un décor débordant de dysfonctionnements potentiels sont ses acolytes indirects. Mais c'est néanmoins lui, l'élément perturbateur principal, et simultanément - le génie de Blake Edwards réside sans aucun doute là - l'instance morale du bordel qu'il a déclenché.
Comme nous l'avons mentionné plus haut, Hrundi V. Bakshi est suffisamment lucide pour se rendre compte de son manque d'adaptation. Un des motifs récurrents du film est par conséquent son mouvement de fuite à l'extrémité de la piscine extérieure, dès que les choses dégénèrent trop à l'intérieur par sa faute. De même, le personnage a beau être peu familier des us et coutumes de ses hôtes, naïf, et foncièrement maladroit, sa démarche romantique, par exemple, ne s'inscrit pas dans la même logique de prédateur que celle du producteur Divot et de la vedette virile Kelso. La relation qu'il entreprend de façon hésitante avec Michelle Monet, une actrice française aussi peu à sa place dans les méandres de la vanité hollywoodienne que lui, se démarque même par une sincérité, qui ne peut point exister dans le faire-semblant forcé et permanent, qui caractérise le reste de la soirée. Parfaitement dans l'état d'esprit joyeusement libertin de la fin des années 1960, c'est par contre cette même innocence qui aura finalement raison du matérialisme engoncé des Clutterbuck.
Ce constat social doucement révolutionnaire se développe évidemment tout au long du film. Mais à l'avant-plan, Blake Edwards orchestre un spectacle comique pétillant et hautement amusant. Peter Sellers, excellent, traduit avec une gêne touchante l'empressement de son personnage d'appartenir à cette communauté, qui le considérera cependant toujours comme un intrus. Ce qui n'est guère surprenant, vu comment il attire involontairement l'attention sur lui, avec sa guerre existentielle contre les objets hostiles et les personnes issues d'un autre milieu et d'une autre culture.

Revu le 20 mars 2009, au Reflet Médicis, Salle 1, en VO

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