Enfants invisibles (Les)
Sept destins d'enfants dans sept pays, vus par sept réalisateurs différents : Tanza, un enfant soldat en Afrique; Uros, un jeune délinquant qui doit quitter le centre de détention juvénile en Serbie et qui préférerait devenir coiffeur au lieu de voler pour sa famille de gitans; Blanca à Brooklyn, qui souffre de sa séropositivité et de ses parents toxicomanes; Bilu et João, deux enfants des bidonvilles de São Paulo, qui gagnent leur vie en cherchant des déchets à recycler; Jonathan, un photo-reporter anglais qui a travaillé sur des enfants dans des zones de guerre, se souvient de sa propre jeunesse; à Naples, Ciro est un voleur à la tire; en Chine, une poupée crée un lien insoupçonné entre la riche Song Song, dont les parents divorcent, et l'orpheline Little Cat.
Critique de Tootpadu
Tous les maux semblent s'acharner sur les pauvres enfants des premiers courts-métrages de cette production italienne, présentée au festival de Venise d'il y a quatre ans et qui devient donc enfin visible sur les écrans français. Par le choix des sujets ou le style reconnaissable de certains réalisateurs, on peut craindre pendant quelque temps une oeuvre collective aux bonnes intentions au moins aussi insistantes que les clichés débités à tout va sur la précarité d'une enfance en détresse matérielle et émotionnelle. Tandis que Mehdi Charef réussit encore à arracher un peu de sensibilité et de consternation face à une vie perdue avant qu'elle n'ait réellement commencé, Emir Kusturica confirme très péniblement qu'il n'est le réalisateur que d'un seul ton et d'un milieu unique, qu'il exploite sans vergogne pour son aspect folklorique. Quant à Spike Lee, il a une fois de plus opté pour la gravité, afin de faire passer son message moralisateur.
Juste au moment où on allait se résigner à devoir subir une tragédie déprimante après l'autre, au point de ne plus avoir de larmes pour en pleurer, l'histoire brésilienne de Katia Lund arrivait en sauveteur optimiste et débrouillard. Le décor y est toujours aussi désolant, puisque les favelas n'ont rien à envier aux théâtres de guerre africains ou aux cités américaines en termes de misère. Toutefois, l'heure n'y est plus au croisement des bras et à la soumission aux circonstances néfastes, mais à la recherche permanente et inventive d'un moyen honnête et modeste pour s'en sortir. Le drame de Bilu et João provient peut-être du fait qu'ils ne peuvent pas aller à l'école et qu'ainsi, ils ne sortiront sans doute jamais de leur milieu défavorisé. Mais ce n'est nullement une raison pour ne pas tirer un peu de fierté et de solidarité des quelques briques qu'ils ont obtenues, en échange d'une longue journée de travail.
Les deux épisodes suivants démontrent aussi cette même volonté de sortir des sentiers battus et d'employer la prémisse de départ pour autre chose qu'un récit misérabiliste. Ridley Scott et sa fille Jordan s'éloignent le plus du point de vue purement enfantin. Ils réalisent alors le court-métrage le plus intéressant, par sa capacité à brouiller les différents niveaux temporaires d'une façon subtilement fantastique. Et Stefano Veneruso nous replonge dans le Naples de
Gomorra de Matteo Garrone, sauf que la violence y laisse sa place à la nostalgie d'une enfance au bonheur là encore illusoire. Enfin, John Woo est le seul à s'intéresser au moins partiellement à l'isolation émotionnelle et la solitude des enfants issus d'une famille aisée. Hélas, sa prédilection pour des symboles visuels lourds, comme la tomate qui s'écrase en montage parallèle avec l'accident, freine considérablement l'impact de cette petite histoire, dont le conformisme des thèmes rappelle les éléments moins réussis des
Enfants invisibles.
Enfin, si l'ordre des courts-métrages suit apparemment sans raison l'ordre alphabétique des noms des réalisateurs, cette structure permet au moins de varier à peu près les points de vues et les thèmes abordés.
Vu le 25 mars 2009, au Club Publicis, en VO