Affaire Farewell (L')
En 1981, l'ingénieur français Pierre Froment, marié et père de deux enfants, est en poste à Moscou. Pour rendre service à son patron Jacques, qui est vaguement lié à la direction de la surveillance du territoire française, il établit le contact avec le colonel Sergueï Grigoriev du KGB, qui est prêt à transmettre quelques informations précieuses à l'Ouest, afin de fragiliser l'Union soviétique en pleine Guerre froide. Les révélations de Grigoriev attirent l'attention au plus haut niveau de l'état à Paris et à Washington. Puisque les services secrets russes sont au courant des moindres mouvements des agents de leurs adversaires occidentaux, Grigoriev décide de poursuivre sa collaboration avec le civil Frémont.
Critique de Tootpadu
La période de la Guerre froide n'a plus tellement la côte au cinéma de nos jours. Alors que l'opposition entre l'Est et l'Ouest produisait une matière filmique apparemment inépuisable, tant que le conflit perdurait, cette partie de l'histoire récente a pratiquement disparu de nos écrans depuis presque deux décennies. L'évolution fulgurante des rapports internationaux et l'apparition de nouveaux défis qui se présentent à la civilisation humaine ont contribué largement à la disparition des intrigues tendues entre Russes et Américains, jadis si populaires. Dénues de leur rôle de propagande larvée, ces contes d'un antagonisme exacerbé s'adaptent mal à la pluralité des points de vue qui prévaut actuellement. Désormais, le cinéma mondial se préoccupe davantage des grands élans contemporains de migration économique, tout en revenant avec une régularité presqu'ennuyeuse sur les horreurs de la Seconde Guerre mondiale, si propices à une exploitation émotionnellement épuisante et moralement édifiante.
Pourtant, il n'existe pas d'époque historique plus méritoire qu'une autre, en termes de leur potentiel cinématographique. Ruminer encore et encore les mêmes faits marquants, cela relève d'une paresse artistique qu'il devient vite fatigant à cautionner. Rien que pour leur courage de raviver une époque profondément ensevelie au cimetière de l'Histoire, de surcroît en employant les grands moyens d'une production coûteuse, le réalisateur Christian Carion et son producteur fidèle depuis désormais trois films Christophe Rossignon méritent tout notre respect. Espérons que le pari commercial s'avère gagnant, puisque le regard dans le rétroviseur du passé propose un portrait assez précis d'une ère, que la plupart des jeunes spectateurs qui peuplent les salles de cinéma n'ont pas réellement vécue.
Seul le choc entre l'aspect visuel de la photo numérique et notre souvenir d'une esthétique autrement léchée, typique des années 1980, perturbe l'immersion dans le Moscou d'il y a un quart de siècle. Quant au reste, Christian Carion explore avec la sagesse et le soin qu'on lui connaît cette affaire d'espionnage qui a fait trembler les deux superpuissances. Si l'on évoque la sagesse du réalisateur, cela veut dire dans ce contexte que le style et la narration de Carion, avec ses transitions et ses effets de montage un peu trop précieux, demeurent invariablement convenables. Il n'y a rien dans le flux du récit qui nous brusquerait désagréablement, mais en revanche rien non plus, qui élèverait notre âme cinéphile. En un mot comme en mille,
L'Affaire Farewell est une production française très solide, qui se garde bien de soulever quelque controverse que ce soit.
Au moins les interprétations se montrent un peu plus téméraires, surtout de la part d'Emir Kusturica, qui traduit avec intensité les tiraillements de son personnage entre l'envie de changement et l'appréhension du sort inéluctable qui l'attend, lui et les siens. De même, la résurrection de Ronald Reagan et de François Mitterrand, sous les traits de Fred Ward et de Philippe Magnan respectivement, est un exercice de style bien moins pédant que l'apparition éclair de Diane Krüger et de Gary Lewis, transfuges de
Joyeux Noël. Enfin, un film qui fait plusieurs fois référence au chef-d'oeuvre de John Ford
L'Homme qui tua Liberty Valance ne peut simplement pas être mauvais !
Vu le 1er septembre 2009, à la Salle Pathé Lamennais, en VO