Inception
Dom Cobb est le plus doué des voleurs. Avec son équipe, il arrive à pénétrer dans les rêves de ses cibles, afin d'en extraire des secrets, d'une valeur inestimable pour ses commanditaires dans un contexte économique de plus en plus compétitif. Après l'échec de son dernier contrat, Cobb se voit proposé une mission quasiment impossible par l'industriel Saito : implanter une idée dans l'esprit de son concurrent direct, le jeune héritier Robert Fischer Jr., qui le pousserait à démanteler l'empire fondé par son père mourant. Cobb accepte, ne serait-ce que pour pouvoir en échange retrouver enfin ses enfants aux Etats-Unis. Il assemble alors une équipe redoutable, qui s'infiltrera dans les rêves hautement sécurisés de Fischer.
Critique de Tootpadu
Tandis que les détracteurs intransigeants du septième film de Christopher Nolan n'y verront qu'une resucée, aussi somptueuse soit-elle, du principe des univers parallèles introduit si brillamment, il y a onze ans, par
Matrix des frères Wachowski, ses admirateurs inconditionnels le porteront aux nues comme une parabole magistrale aux richesses inépuisables sur la vie en général, et le cinéma avec ses mécanismes de tromperie des sens en particulier. La vérité - si une telle chose existait dans la science fort subjective de l'appréciation des oeuvres filmiques - se trouve probablement quelque part entre ces deux extrêmes. Propulsé par une ambition narrative et formelle indiscutable,
Inception réussit le pari particulièrement osé de nos jours - où le monde des jeux virtuels a supplanté depuis quelques années déjà l'expérience d'évasion procurée pendant un siècle par le cinéma - d'immerger le spectateur dans un univers aux règles et à l'aspect visuel si fascinants, que l'on n'aimerait presque plus en sortir, même au bout de la durée considérable du film.
La construction gigogne du scénario, qui nous fait descendre jusqu'aux fins fonds de la perception temporelle, est certes si élaborée, que certains aspects doivent forcément en demeurer flous, voire pas tout à fait logiques. Mais la création d’un monde parallèle, aux origines plus réalistes que les piles humaines du film cité plus haut et néanmoins tributaire d’une imagination qui ne ressemble guère à notre espace onirique personnel, est mené avec une telle maestria qu’il serait criminel de ne pas succomber à cette invitation au rêve éveillé. Car
Inception constitue avant tout une formidable acrobatie de l’esprit, qui abolit dans ses séquences les plus spectaculaires les règles de la pesanteur et qui nous fait douter avec une insistance grandissante de la faisabilité de l’opération que Dom Cobb et son équipe mènent dans le for intérieur de leur proie.
Tous les prétextes scénaristiques nécessaires à l’élaboration de la réalité subconsciente de l’intrigue s’évaporent ainsi l’un après l’autre, pour ne laisser subsister en fin de compte que la prise de plaisir brute face à un univers où tout paraît possible, et qui est pourtant régi par les obsessions, les passions, et les craintes intimes des personnages. A en juger par les quelques voix récalcitrantes de spectateurs ne souhaitant pas adhérer corps et âme à la construction farfelue et hautement abstraite, conçue par Christopher Nolan, la mise en réseau des esprits ne paraît pas tout à fait concluante. Rien que l’exécution de la matrice mentale jouit par contre d’une complexité suffisante pour nous enthousiasmer.
Contrairement à ses films de super-héros assez tendancieux et conventionnels dans la forme, le réalisateur anglais voit plus grand et plus loin ici. Grâce à sa narration aux pouvoirs d’hypnose indéniables, qui nous ferait presque oublier la chute à l’eau interminable du camion et la bande originale de Hans Zimmer, tonitruante même dans les moments qui auraient exigé plus de délicatesse, comme lors du dénouement artificiellement alambiqué, il nous livre donc son premier film de maturité : visionnaire, intense, et à déguster sans modération.
Vu le 8 juillet 2010, au Gaumont Marignan, Salle 1, en VO
Critique de Mulder
Christopher Nolan est à mes yeux actuellement l'un des plus grands réalisateurs américains, voire le plus grand. Certes, nous pouvons compter sur Martin Scorsese, Clint Eastwood, Steven Spielberg, et Quentin Tarantino au panthéon des derniers grands réalisateurs américains en activité. Mais à leur différence, Christopher Nolan est un réalisateur déployant dans ses films de véritables casse-têtes chinois (
Memento,
Insomnia,
Le Prestige,
The Dark Knight Le Chevalier noir). A ce niveau,
Inception s'annonce comme la clé de voûte de sa filmographie.
Les films sur les rêves sont nombreux dans l'industrie du cinéma. Que cela soit du domaine du fantastique (Dreamscape) ou de l'horreur pure (Les Griffes de la nuit), chaque réalisateur a sa propre vision du monde des songes. Inception témoigne une nouvelle fois du fait que Christopher Nolan réussit à donner l'accès à tous à un film ayant différents niveaux de lecture. A ce titre, les différents niveaux de rêve sont une excellente invention et témoignent que Christopher Nolan est un grand scénariste et réalisateur.
Ce film montre une nouvelle fois l'intérêt que Christopher Nolan porte à la famille d'acteurs qu'il s'est construite de film en film (Ken Watanabe, Cillian Murphy, Michael Caine). Retrouver de bons
acteurs en parfaite osmose avec lui permet de profiter pleinement du film se déroulant devant nos yeux. Christopher Nolan peut ainsi être perçu comme un conteur habile et manipulant son auditoire à merveille. Ce film lui permet aussi de travailler avec l'un des plus grands acteurs américains Leonardo DiCaprio. Une nouvelle fois, cet acteur aux milles et une facettes nous captive par un jeu puissant. Le couple maudit qu'il forme avec Marion Cotillard est l'un des plus beaux que l'on ait pu voir depuis The Dark Knight Le Chevalier noir.
Ce film est aussi clairement l'occasion pour ce réalisateur de rendre hommage à Ridley Scott (Blade runner), Terrence Malik (la thématique de l'eau), et surtout Stanley Kubrick (approche du sens d'être humain). Les spectateurs cherchant des moments de pur adrénaline ne seront pas en reste non plus.
Il est surprenant de voir fin juin dans la plupart des rues de Los Angeles et de San Francisco autant d’affiches de ce film, qui risque de surprendre beaucoup de spectateurs américains par sa complexité scénaristique et son approche très noire de la vie. La fin du film va rester longtemps dans nos mémoires comme un doute persistant, un rêve dont on ne sortira pas indemne.
Face à la disette cinématographique qui frappe nos salles, Inception est une excellente nouvelle et l'opportunité de voir un film intelligent, conjuguant le film d'auteur et le blockbuster estival. Le film évènement de l’année !
Vu le 8 juillet 2010, au Gaumont Marignan, Salle 1, en VO