Night and day
June Havens était juste partie à Wichita, afin d’y acquérir les pièces manquantes pour la restauration d’une voiture de collection, qu’elle comptait offrir à sa sœur April pour son mariage quelques jours plus tard. A l ‘aéroport, elle fait la rencontre apparemment fortuite de Roy Miller, un agent secret qui a fait défection et qui est recherché par l’ensemble des forces de l’ordre des Etats-Unis. June ignore tout de l’identité cachée de cet homme séduisant, jusqu’au moment où elle se retrouve seule avec lui, à bord d’un avion sans pilote et rempli d’agents secrets morts, que Roy a dû neutraliser pour sauver sa peau et préserver le mystérieux Zéphyr.
Critique de Tootpadu
Notre voisine de projection s’est plaint après le film du fait qu’à Hollywood, ils racontaient toujours la même histoire depuis vingt ans. Nous ne partageons guère l’avis défavorable de cette journaliste d’une génération autre que la nôtre, qui a par ailleurs profité de la séance pour rattraper une bonne dose de sommeil matinal. Notre degré d’appréciation se rapproche davantage de celui d’un autre confrère, qui voyait en ce film de James Mangold la réussite incontestable d’une recette que les producteurs américains tentent de mettre au point, avec un succès variable, au moins depuis
Mr. and Mrs Smith, et encore tout récemment dans
Kiss and kill. Le mélange astucieux entre la comédie romantique et le thriller d’action gagne en effet ses lettres de noblesse avec
Night and day, un divertissement de haut vol dont l’ironie est particulièrement clairvoyante par rapport à l’avenir incertain de la carrière de Tom Cruise.
Déchu de son trône du roi incontesté du box-office depuis l’affaire Katie Holmes, ses frasques sur le canapé d’Oprah Winfrey, et tout le toutim, Tom Cruise n’a pas encore retrouvé entièrement les faveurs de son public, comme le montre le parcours commercial en demi-teintes de son dernier film aux Etats-Unis. Jamais défaitiste ou rancunière, la vedette des années 1980 et ’90 se sert cependant de cette perception publique préjudiciable, pour mieux l’intégrer dans ses rôles avec un clin d’œil manifeste. Après son producteur dégueulasse dans
Tonnerre sous les tropiques, l’acteur a retrouvé de sa superbe, en tant que surhomme incroyablement doué dans le maniement des armes et les cascades trop spectaculaires pour être réalistes. En même temps, les failles de cette image de héros sans reproche ne sont pas escamotées aussi maladroitement ici que dans ses autres films de la décennie passée. Roy Miller est au fond un héros brisé, la victime de l’endoctrinement rigoureux des services secrets, qui affiche parfois un comportement de forcené, et qui est incapable pendant longtemps de saisir réellement la dimension humaine de l’aventure dans laquelle il s’embarque avec June Havens. Si l’on peut croire le scénario sans temps mort de Patrick O'Neill, la cure pour ce grain de folie inquiétant réside dans l’abandon de son rôle de prédateur mâle, au profit d’une position de co-équipier au même niveau que son pendant féminin.
Cette lucidité quant à l’état actuel de Tom Cruise, la célébrité et l’homme, ne se traduit pas pour autant par une position progressiste dans l’attribution des rôles dans cette guerre des sexes savoureuse. Il faudra du temps, avant que Cameron Diaz ne se conforme plus à l’emploi de la blonde nunuche et naïve, et qu’elle ne se libère de son rôle de pion dépourvu d’une influence véritable sur le cours de l’histoire. En épousant son point de vue, à la fois incrédule et attiré par les possibilités insoupçonnées qui s’offrent à June Havens en compagnie de ce James Bond survolté, la narration ne fait toutefois pas seulement des économies budgétaires substantielles, grâce aux ellipses amorcées par son état à moitié endormi. Elle instaure surtout une subjectivité jamais prise en défaut, faisant ainsi couler le récit avec une aisance et une élégance rigoureuses. Ces qualités deviennent progressivement la marque de fabrique de James Mangold, un réalisateur de plus en plus recommandable qui perpétue presque à lui seul la tradition de l’artisan doué de Hollywood.
Car au fond, notre collègue évoquée plus haut a éventuellement raison dans son constat sur l’inertie des formules et des genres américains. Sauf qu’il ne nous viendrait jamais à l’esprit de nous en offusquer, si tous ces produits soigneusement calibrés bénéficiaient de la même fraîcheur et du même degré de divertissement que
Night and day !
Vu le 19 juillet 2010, au Club de l’Etoile, en VO
Critique de Mulder
Les producteurs hollywoodiens ont toujours cherché la formule pour présenter au public un divertissement conjuguant comédie romantique et action non stop. Doug Liman s’en était assez approché avec son film
Mr & Mrs Smith, au point que Brad Pitt et Angelina Jolie formaient le couple dudit film, mais aussi par la suite dans la vie (l’alchimie était parfaite). Cependant avec du recul, le film perd beaucoup de sa platine dès son second visionnage. James Mangold (
Copland,
3h10 pour Yuma) semble l'avoir trouvée, car il s'appuie sur la description de ses deux principaux personnages plutôt que sur l'action. A cela, il faut bien rajouter que le couple Cameron Diaz / Tom Cruise fonctionne instinctivement à l'écran. Les deux acteurs ont un vrai potentiel comique et Tom Cruise a toujours été excellent dans les scènes d'action, qu'il double lui-même.
L'intérêt du film ne tient pas à son intrigue assez simpliste : un agent secret doit protéger une nouvelle forme d'énergie. L'atout du film est plutôt de faire de l'équivalent de l'agent Phelps un agent un peu perturbé, qui doit protéger une civile June Havens (Cameron Diaz). Le film se veut ainsi en très frappé un décalque des Mission : impossible avec l'esprit d'un Tex Avery (cf. la scène de l'avion de ligne, du restaurant, ou de la plage).
Tom Cruise est en pleine forme et se sert de l'image que les médias américains ont de lui, soit celle d'un homme « borderline ». Après son rôle cultissime de Les Grossman, il continue dans le registre de la comédie puissante. Il donne le meilleur de lui-même ici pour regagner les faveurs de son public et atteint par son objectif grâce à sa présence et son ardeur. Cameron Diaz semble en revanche assez effacée et joue les « sidekicks » à ses côtés. Elle est toujours aussi renversante et l'atout charme irrésistible du film.
Knight and day (titre original du film) faisait bien allusion au côté chevaleresque de Roy Miller. Il veille ainsi pendant tout le film sur June. Dommage que le titre français ait perdu un k. Reste que ce film montre qu'il est possible de conjuguer les genres de cinéma (la scène de la moto est hallucinante).
James Mangold, aussi à l'aise dans un thriller que dans un western, joue ici les cartes de l'action et de la comédie pour en faire un cocktail survitaminé. Son film a non seulement du panache, mais est construit selon un dosage parfait. Espérons qu'il retrouvera bientôt Tom Cruise, pour un autre projet encore plus musclé et déjanté !
Ce film très réussi est l'excellente surprise de cet été et nous ne saurions trop vous conseiller d'aller le voir et le revoir avec le même plaisir !
Vu le 30 juillet 2010, au Gaumont Disney Village, Salle 2, en VF