Largo Winch 2
A la mort de son père, Largo Winch doit reprendre la direction de la puissante entreprise que Nerio Winch avait créée. Toujours aussi rebelle, l’héritier annonce qu’il se séparera de la multi-nationale W, afin de se consacrer exclusivement à une fondation humanitaire sous la présidence de Alexander Jung, un ami de longue date de son père. A peine les formalités de la mise en vente effectuées, Largo se trouve sous le mandat d’arrêt de la juge de la cour internationale des droits de l’homme Diane Francken, qui l’accuse d’avoir été impliqué dans l’extermination d’un village birman trois ans plus tôt. Largo avait bien été présent en Asie à ce moment-là, mais sans se douter des activités parfois douteuses à finalité économique de son père dans la région.
Critique de Tootpadu
Le héros des films d’action le plus séduisant et décontracté du moment est de retour. Pour ses deuxièmes aventures dans la peau de Largo Winch, Tomer Sisley s’est entouré d’une distribution une fois de plus très hétéroclite, qui va de feu Laurent Terzieff dans son dernier rôle jusqu’à une Sharon Stone au croisement des jambes inimitable et à la tenue étrangement peu élégante, en passant par Ulrich Tukur pour parfaire le côté international du film. L’essor que l’on prédisait à la carrière du jeune premier fringant lors de la sortie du premier épisode se fait hélas toujours attendre, à moins que son identification avec ce rôle ne réduise désormais son choix de personnages moins emblématiques à interpréter. Néanmoins, Tomer Sisley et le réalisateur attitré de l’univers de Largo Winch, Jérôme Salle, font de leur mieux pour maintenir le niveau de haut vol avec lequel ils avaient su nous convaincre il y a deux ans.
Largo Winch 2 brille donc par un dosage parfaitement calibré entre des scènes d’action musclées, des décors exotiques, et quelques revirements qui témoignent plus de la volonté du scénario de préserver un rythme soutenu que de son originalité. Une fois de plus, le frère cadet de James Bond, dont la sophistication se manifeste dans son style de vie cosmopolite plutôt qu’à travers une panoplie de gadgets tonitruants, doit sauver le monde ou tout au moins son empire économique, ce qui revient pratiquement au même par les temps qui courent. Sauf que le chemin pour y parvenir ne passe pas, comme il le pensait au début, par l’action humanitaire, mais par un jeu du chat et de la souris passablement astucieux, qui l’oblige à renouer avec son passé de casse-cou incorrigible. Les éléments qui contribuent à rendre ce film aussi divertissant ne datent pas de hier. Mais la doigté avec laquelle le réalisateur agite l’éprouvette de laquelle sortira un spectacle à toute épreuve permet à cette suite de faire illusion.
En effet, derrière son apparence d’une intrigue dans l’air du temps, où les champs de bataille ne sont plus exclusivement physiques mais également virtuels à travers les cours en bourse de l’entreprise à vendre, le scénario cache assez mal sa vacuité ambiante. Le transfert de responsabilité que Largo subit pendant le film – du fils indigne au père qui s’ignore – constitue ainsi le seul aspect à peu près consistant d’une histoire plutôt mince. En dehors de toute considération commerciale, la question de la poursuite de l’aventure se pose alors. Faute d’une évolution notable entre
Largo Winch et sa suite, l’univers de ce surhomme des temps modernes risque sérieusement de stagner, en dépit du charme irrésistible de Tomer Sisley et de l’expertise filmique solide de Jérôme Salle. Sous de telles prémisses, nous ne sommes point sûrs de revoir de sitôt Largo en guerre contre son héritage incommode. Car même James Bond a su s’adapter avec plus ou moins de succès aux différentes époques qu’il traverse depuis plus de quarante ans, un périple cinématographique dont Largo Winch a tout juste franchi les étapes initiales.
Vu le 12 janvier 2011, au Publicis Cinémas, Salle 1, en VO