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Cabane dans les bois (La) | Note générale: 3.75
Cabane dans les bois (La)

Cabane dans les bois (La)

Cinq amis partent pour le week-end dans une cabane dans les bois. Alors que l’étudiante Jules, fraîchement blonde, espère y passer quelques heures torrides avec son copain Curt, sa colocataire Dana y voit l’occasion idéale pour oublier une affaire malheureuse avec un prof, pourquoi pas dans les bras du nouveau dans la troupe, l’intello Holden. Quant à Marty, il arrive tellement planant à l’heure du rendez-vous, qu’un rien lui ferait plaisir. Une fois sur place, les jeunes doivent se rendre compte que quelque chose ne tourne pas rond dans cette baraque ou pire encore, qu’ils ne sont en fait que des pions dans un jeu machiavélique.
Note générale
3.75
Sortie: 2012-05-02 | Durée: 95 minutes
Réalisateur: Drew Goddard
Genre: Horreur
Interdit aux moins de 12 ans

Critique de Tootpadu

Le niveau de manipulation monte d’un cran dans ce film d’horreur plutôt jouissif, en partie produit et écrit par Joss Whedon. Les récits à tiroirs faisant appel à des mondes parallèles et des révélations spectaculaires règnent en maîtres absolus depuis environ quinze ans sur le genre, à tel point qu’une sensation de déjà-vu accable le spectateur même lors des retournements les plus inventifs. A force de ne miser que sur un effet de surprise, ces histoires en forme de puzzle acquièrent un degré d’autosuffisance, qui exclue le plus souvent la participation active du spectateur, blasé par l’aberration de tant de bifurcations narratives. La Cabane dans les bois est largement conscient de cette lassitude induite par trop d’analyses farfelues, et pourtant, il se permet d’en jouer malicieusement pour concocter une intrigue peut-être, elle aussi, légèrement trop imbue de sa propre ingéniosité.
La peur la plus viscérale est étrangement absente de ce film, qui s’emploie à distiller une autre forme d’horreur. Le massacre perpétré par les zombies ne suit au fond que le plan établi au préalable par les ingénieurs de la régie, qui disposent d’un arsenal illimité de moyens pour contrer le moindre imprévu. Comparés aux techniciens du Truman show de Peter Weir, les personnages du théâtre d’opération simultané obéissent à un code de déontologie à la fois perverti par le pouvoir et par des rites mesquins, qui doivent le plus probablement être compris comme une critique à peine dévoilée du détachement du monde des affaires par rapport aux aspirations humaines de base. Leur mise en scène calculée jusqu’au geste le plus anodin et leur focalisation sur un libre arbitre anecdotique, vu l’enjeux vital de cette cérémonie macabre, prennent ainsi le rôle de métaphores passablement habiles sur la voie d’une surveillance totale, que notre civilisation emprunte pour mieux s’accommoder de la révolution électronique.
Bien que la grande finale réussisse à libérer toute notre appréhension accumulée auparavant dans un feu d’artifices sanguinaire du plus bel effet, où toutes les créatures abjectes se donnent joyeusement rendez-vous pour festoyer sur les restes d’une société sclérosée, cette façon de conclure un récit intense par la surenchère sous sa forme la plus pure remet le film dans le contexte impitoyable des constructions mentales, prédestinées à s’écrouler tôt ou tard. Il n’y a donc aucune sagesse profonde à tirer de ce divertissement de haut vol, à part celle – déjà assimilée d’office – que l’on n’arrivera pas à faire perdurer la mode des récits alambiqués en leur ajoutant une couche de relecture supplémentaire.

Vu le 13 mai 2012, à l’UGC Ciné Cité Bercy, Salle 34, en VO

Critique de Mulder

Après le spectaculaire Avengers, nous retrouvons de nouveau Joss Whedon sur nos grands écrans, mais cette fois en qualité de producteur et scénariste d'un film "slasher", qui n'en est pas un à proprement parler. La Cabane dans les bois s'impose dès sa première vision comme une œuvre culte, tel que l'étaient L'Antre de la folie de John Carpenter et Evil dead de Sam Raimi. Ce film pourrait être un "slasher" simpliste : il en reprend la trame principale, puis tel un rubicube la détruit, la torture et devient un film d'horreur ultime, un hymne à Lovecraft par sa dernière partie, d'une puissance scénaristique éblouissante.

Petit rappel, un "slasher" est construit pratiquement de la même manière et est devenu une industrie depuis le film Halloween de John Carpenter. En général, la première scène du film est une scène mettant en place une ambiance putride. On y assiste à un meurtre par le/les tueurs psychopathes. Puis, un groupe homogène de jeunes adultes se rend sur les lieux du crime, sans connaître ou ignorant les meurtres qui y ont été commis. Cette mécanique a été huilée et peaufinée avec des sagas comme Vendredi 13, Hostel, Saw et autres variantes.

Dès la première scène, les deux scénaristes Drew Goddard et Joss Whedon troublent le jeu en suivant deux cadres d'une régie semblant travailler dans le monde du divertissement. Il leur revient le rôle de maintenir un objectif déterminé d'avance, dans un but qui nous sera dévoilé à la fin. Ils ont le contrôle de tous les éléments pour faire subir à ce groupe de jeunes adultes insouciants les foudres les plus terribles. Voici une scène d'exposition plutôt originale pour un "slasher". Par la suite, les cinq personnes du groupe (deux femmes, trois hommes) vont rentrer involontairement dans un jeu qui les dépasse et périr, comme le veut la règle, un par un ou presque. En général, la première victime, comme cela a été si bien annoncé dans Scream 2, est l'afro-américain du groupe ou les femmes non vierges (voir Halloween). Les scénaristes respectent de nouveau les règles, mais leur injectent un peu de renouveau en modifiant ou accentuant les traits de certaines personnes du groupe par des moyens détournés, comme les substances respirées.

Pour notre plus grand plaisir, les deux scénaristes très inspirés rendent hommage à un genre qui a été exploité trop souvent sans originalité dans les années 1980, mais en y injectant des éléments nouveaux. A ce titre, la salle de régie présentée au début du film témoigne d'une salle de torture sophistiquée et renvoie à une parabole de Hollywood, où tous les moyens sont bons pour faire de l'audimat. Les scénaristes injectent aussi beaucoup d'humour affiné pour captiver au possible leur public. Mission accomplie : ce film se dévore sans modération. Plus les survivants avancent dans le jeu, plus ils tombent de surprise en surprise sur un monde de pure magie ancestrale. Au fur et à mesure, ils comprennent qu'ils ne sont que de simples pions, des offrandes offertes pour calmer la colère de certaines forces en présence (en dire plus reviendrait presque à gâcher le plaisir inouï pris dans la dernière partie du film).

Joss Whedon s'entoure pour ce film d'un acteur (Fran Kranz) et d'une actrice (Amy Ecker) ayant été repérés dans sa série "Dollhouse". Il donne aussi à Chris Hemsworth son premier grand rôle avant de le retrouver dans Avengers. En effet, ce film, datant de 2009, est resté dans les cartons de la MGM avant d'être cédé au studio Lionsgate. Ironie du sort, ce film sort après le blockbuster parfait de Joss Whedon. Ce dernier témoigne une nouvelle fois de sa maestria en signant un scénario bourré d'excellentes idées. Le bestiaire de monstres présenté à la fin mérite à lui seul de revoir ce film avec un autre regard une seconde fois. En partant du postulat simpliste d'un "slasher" avec des morts vivants (avec la cavale et ce lieu reculé, impossible de ne pas penser à Evil dead), le film s'élève vers une hauteur inégalée de films cultes. On ne pouvait pas trouver plus beau hommage à rendre au monde de Lovecraft et de ses dieux anciens géants, ainsi qu'aux grands maîtres du genre.

Vu le 5 mai 2012, au Gaumont Disney Village, Salle 16, en VF

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