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Margin call | Note générale: 3.5
Margin call

Margin call

Une banque d’investissement licencie une partie importante de ses employés, y compris Eric Dale, depuis de longues années son expert en gestion de risques. Avant d’être évincé sans ménagement de l’entreprise, Dale réussit à transmettre à son protégé, le jeune trader Peter Sullivan, un dossier avec des données sensibles sur lequel il était en train de travailler. A la tombée de la nuit, alors que ses rares collègues qui ont survécu au plan social rentrent chez eux, Sullivan opère sa propre analyse de ces chiffres compromettants. Il arrive à une conclusion alarmante : la banque risque sous peu la faillite, si elle ne se défait pas rapidement de son portefeuille de crédits immobiliers toxiques. Toute l’hiérarchie de cette institution de Wall Street s’active alors pour sauver sa peau, quitte à faire imploser le marché.
Note générale
3.5
Sortie: 2012-05-02 | Durée: 107 minutes
Réalisateur: J.C. Chandor
Genre: Drame

Critique de Tootpadu

L’abstraction des chiffres a rarement réussi au cinéma, un moyen d’expression plus instinctif, voire émotionnel, que les simples calculs et analyses de probabilité et de productivité sur lesquels s’appuie notre système capitaliste. Le fonctionnement de l’économie mondiale est si complexe que, même avec beaucoup de bonne volonté, le documentaire le plus rigoureux ne pourra en faire comprendre tous les rouages à un spectateur lambda, préoccupé surtout par le maintien de son propre statu quo matériel, d’ailleurs de moins en moins assuré par les temps instables qui courent. A plus forte raison, un film de fiction devra trouver un subterfuge pour agencer l’adhésion à un problème – en l’occurrence la crise qui s’éternise depuis trois ans et demi – auquel le petit contribuable que nous sommes tous, ou presque, se sent livré sans outil de défense palpable. Rendre plus humains les cours en bourse et les sommes astronomiques investies par les gouvernements pour sauver d’abord la monnaie et ensuite le système, cela relève d’un parcours du combattant au fil duquel de nombreux réalisateurs ont déjà dû déclarer forfait.
Avec son premier film, J.C. Chandor s’essaie à cette tâche épineuse de décrire le monde de la finance de l’intérieur, sans pour autant succomber à la tentation de montrer ce temple du bling-bling en tant qu’exemple à suivre, comme avait pu le faire Oliver Stone dans ses deux films sur Wall Street. Dans Margin call, il n’existe pas de personnage plus grand que nature, pas de gourou infaillible dont les transactions téméraires galvaniseraient toute la profession. Le temps de Gordon Gekko et avec lui la mentalité des années 1980, où aucune fortune ne semblait trop sale pour être convoitée, sont donc définitivement révolus. Dorénavant, c’est chacun pour soi et après ces transactions dépourvues d’éthique le déluge. Car en plus d’être un thriller passionnant sur une course contre la montre que tout le monde cherche à négocier à son propre avantage, ce film en dit long sur la mentalité de ces requins en costard-cravate, qui ont vendu depuis longtemps leur âme au diable d’un marché impitoyable et qui ne s’en émeuvent même plus.
La sobriété très efficace de la narration évite en effet le moindre chantage sentimental, pour mieux pouvoir disséquer le comportement minutieusement calculé et le discours à double sens d’un microcosme tournant en roue libre. Le couperet social, qui s’abat impassiblement sur la majeure partie des participants, sans que ces renvois froids et secs se soldent par une prise de conscience comme dans The Company men de John Wells, ne débouche point sur un assainissement de la hiérarchie. Bien au contraire, comme dans le monde réel où la banque JP Morgan ne s’inquiète pas outre mesure de ses pertes récentes de trois milliards de dollars, le cirque de la course effrénée à l’argent facile continue gaiement ici. Il s’opère alors une mise en perspective douloureuse, qui confirme la triste vérité qu’à chaque nouveau krach boursier, ceux qui savent depuis toujours tirer profit du système s’en sortiront sans trop de difficultés, tandis que le niveau de vie de l’immense majorité périclite, jusqu’au nouvel épisode de croissance dans le mouvement perpétuel des cycles économiques.
L’intelligence et la lucidité du propos sont épaulées par une distribution brillante, parmi laquelle Jeremy Irons dans le rôle du manitou de la firme tire surtout son épingle du jeu. Face à l’impuissance de ses confrères, tétanisés par une situation qui les dépasse ou qui soulève au moins le peu de scrupules qu’il leur reste, son John Tuld est le genre d’opportuniste habile dont la détermination cruelle sous un air de jovialité fait froid dans le dos.

Vu le 17 mai 2012, au MK2 Quai de Seine, Salle 2, en VO

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