Femme qui aimait les hommes (La)
Tamar vit seule avec ses deux filles à la campagne israélienne. Chaque jour, elle va en vélo au poulailler où elle travaille, multipliant en chemin ou sur place les rencontres avec ses trois amants réguliers : le fermier, le prof de sport et le réparateur de vélos. Quand Shai, un vétérinaire qu’elle avait connu quand elle était plus jeune, revient dans la région suite au décès de sa mère, Tamar entame une relation plus durable avec lui.
Critique de Tootpadu
Quand un film dispose d’un vocabulaire visuel aussi parlant et fascinant que celui par lequel se distingue la narration de Hagar Ben Asher, on lui pardonne plus facilement sa parcimonie verbale et un certain flou moral, sans doute intentionnel. En effet, la communication entre les personnages dans ce premier film israélien saisissant ne passe guère par la parole, mais par des rapports d’une présence physique, qui se soldent régulièrement par des rapports d’un autre genre. La sexualité dans
La Femme qui aimait les hommes coule en quelque sorte de source. Elle est investie d’un naturel qui n’a rien de pornographique, ni dans sa représentation filmique – en dépit des quelques bites en érection qui apparaissent furtivement à l’écran –, ni dans son emploi dramatique pour amorcer une intrigue de toute façon minimaliste.
Le récit de ce film beau et vague ne vise pas à juger la liberté des mœurs du personnage principal. Il ne départage point les participants à cette ronde mi-érotique, mi-sentimentale en hommes et femmes délurés d’un côté et pères de famille responsables de l’autre. Alors que la réalisatrice découpe clairement ses plans au fil d’une expression plastique qui tire amplement profit du contraste entre l’étroitesse des bâtiments et l’étendue sans fin des champs et des jardins, elle ne prend pas position à l’égard du comportement peu orthodoxe de Tamar. Tout ce qu’elle fait – et c’est déjà remarquable dans un contexte moral qui recherche à tout prix le sentiment rassurant d’une certitude quant aux repères d’un idéalisme romantique, que les tragédies comme les comédies les plus convenues colportent depuis toujours – c’est de laisser entrevoir une troisième voie entre la décadence et une existence rangée : celle d’une forme d’amour qui va au-delà des infidélités et de la violence aveugle.
C’est ainsi que nous avons interprété le dernier plan doux-amer de ce film, qui déambule sans gêne hors des sentiers battus d’un code moral restrictif et des conventions cinématographiques, qui veulent de la clarté et de l’accessibilité esthétique, là où une voix atypique comme celle de Hagar Ben Asher parvient à un résultat au moins aussi intriguant.
Vu le 25 juin 2012, à la Salle Pathé Lincoln, en VO