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Concours Zero Dark Thirty, du 24 mai au 5 juin 2013
Rebelle | Note générale: 3.5
Rebelle

Rebelle

Quand Komona a douze ans, son village de pêcheurs est attaqué par des rebelles, qui l’enlèvent après l’avoir obligée de tuer ses parents. Dès lors, cette adolescente fait partie des enfants-soldats des brigades du Grand Tigre. Grâce à ses visions, elle accède au rang de sorcière, sous la protection du chef de guerre. Ce rôle ne lui garantit pourtant pas une sécurité illimitée et elle profite de la première occasion pour s’enfuir avec son ami Le Magicien, qui est à peine plus âgé qu’elle.
Note générale
3.5
Sortie: 2012-11-28 | Durée: 90 minutes
Réalisateur: Kim Nguyen
Genre: Guerre

Critique de Tootpadu

Les enfants en temps de guerre, de surcroît sur le continent africain : il n’y a pas de sujet plus propice à une prise en otage sentimentale du spectateur, forcément touché par tant de misère. La première qualité de ce film canadien – et pas la moindre – est qu’il ne s’apitoie jamais sur le sort de ses jeunes personnages. La véritable prouesse de Rebelle se situe cependant du côté de la maîtrise de dispositifs tout aussi problématiques que la voix off et le volet mystique de l’intrigue. Alors que ces derniers sont souvent employés à outrance en tant que béquilles formelles par des réalisateurs peu avisés, leur intégration dans le récit de ce film magnifique se fait organiquement, comme si le passage par le faux monologue intérieur était la voie royale pour aboutir à un conte poignant sur les horreurs de la guerre.
En racontant son histoire à son bébé à naître, Komona instaure une distance très juste entre les événements affreux qui ont ponctué son adolescence et son propre état d’esprit face à ces abus, qui auraient très bien pu l’anéantir d'un point de vue émotionnel. Or, c’est en quelque sorte un discours d’outre-tombe qu’elle tient à cette affirmation de la vie, aussi bâtarde soit-elle. Cette jeune femme, qui a dû grandir beaucoup trop vite et pour laquelle la mort est devenue un compagnon omniprésent dès sa jeunesse, ne se fait pas d’illusions sur son avenir, ni sur celui de son enfant. La raison d’être de son récit, et en fin de compte du film, c’est de se battre en dépit des obstacles majeurs qui se présentent à cette artiste de la survie. Contrairement au ton édifiant et larmoyant que le cinéma hollywoodien adopterait sans aucun doute pour évoquer une tragédie pareille, la mise en scène de Kim Nguyen s’investit corps et âme dans une narration qui relativise les traumatismes répétitifs par une compréhension bluffante de l’âme africaine.
Dépourvue largement d’une production cinématographique régulière, l’Afrique dépend généralement dans sa représentation filmique du regard exotique que les pays étrangers posent sur elle. Des films aussi tendancieux que Blood diamond de Edward Zwick colportent une image erronée du continent et de ses conflits sanglants qu’un poème aussi subtil et lucide à la fois que ce film-ci aura le plus grand mal à dissiper. Il constitue pourtant une des rares occasions de s’approcher de la spiritualité de l’âme collective africaine sans préjugés. Toute la peine de la fille soumise à des épreuves d’une cruauté insoutenable y est sublimée, sans que le scénario ne cherche jamais à la relativiser, pour aboutir à un film beau et simplement touchant sur un fléau, dont le regard du monde se détourne trop facilement.

Vu le 26 juin 2012, à la Salle Pathé Lincoln, en VO

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